Les échanges se réduisent-ils à de l'intérêt ? - Philosophie - Bac STMG

Les échanges se réduisent-ils à de l'intérêt ? - Philosophie - Bac STMG

Découvrez ce cours de philosophie gratuit, rédigé par un professeur, consacré au thème des échanges. Ici, vous tenterez de répondre à la question : Les échanges se réduisent-ils à de l'intérêt ?

Notre professeur de philosophie revient tout d'abord sur la notion d'échange et les mots porches. Ensuite, vous verrez la notion d'intérêt: le fondement même des échanges. Enfin, vous découvrirez que la multitude d'échanges implique que les échanges ne seraient pas que des subordonnés à un intérêt.

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Document rédigé par un prof Les échanges se réduisent-ils à de l'intérêt ? - Philosophie - Bac STMG

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INTRODUCTION

 

DEFINITION DES ECHANGES

L’échange : action d’échanger une chose contre une autre en contrepartie. Il s’agit donc d’un transfert réciproque : échanger c’est donner pour recevoir en retour.

Jamais les animaux ne sont disposés à échanger leur proie. Échanger, c’est-à-dire se rendre mutuellement service ou acquérir un bien contre un autre, implique en effet une opération réfléchie et concertée sans laquelle on parlerait de vol, de mainmise ou d’exploitation. L’échange se fait en effet entre deux personnes ou deux entités qui sont parvenues à un accord.

Ainsi l’échange s’oppose-t-il à la violence mais aussi au don par lequel on se dépossède au profit d’un autre. 

Le fondement des échanges semble donc être la recherche d’un intérêt mutuel.

 

LES ECHANGES ET MOTS PROCHES

 

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L’INTERET : FONDEMENT MEME DES ECHANGES

 

A L’ORIGINE DES ECHANGES EST L’INTERET

 

L’échange est intéressé parce que l’homme, contrairement à l’animal, ne peut répondre seul à ses besoins et c’est la raison même pour laquelle les échanges se sont mis en place. En effet, l’obtention et la consommation des biens indispensables à la survie sont déterminés, chez l’animal, par des rapports de force. Les biens ne font donc jamais l’objet d’un échange, étant accaparés par les animaux plus forts. Pourquoi l’échange advient-il alors chez l’homme ? Parce qu’il est faible d’une part, qu’il a donc besoin de créer un système d’échanges avec d’autres individus pour survivre, et parce que d’autre part, contrairement au monde animal, l’homme vit en société ou ce n’est pas la loi du plus fort qui règne. 

Chez l’homme se développe ainsi la faculté d’échanger délibérément des biens ou des services. Mais si cette aptitude à échanger est génératrice d’une forme de socialité, cette dernière ne repose nullement sur l’instinct grégaire mais sur l’intérêt, c’est-à-dire le calcul rationnel servant l’égoïsme individuel. Parce que l’échange suppose deux termes et une réciprocité, il sert l’intérêt respectif des deux termes échangeant l’un l’autre. L’intérêt semble donc faire partie de la définition même de l’échange, lui être inhérent. 

Comment donc les échanges pourraient alors ne pas toujours être intéressés ?

 

L’INTERET DES BESOINS CONTRE L’INTERET DES AVANTAGES

 

Les hommes ont une tendance à échanger les choses. L’homme a presque continuellement besoin du concours de ses semblables, et c’est en vain qu’il l’attendrait de leur seule bienveillance. Il sera bien plus sûr de réussir s’il s’adresse à leur intérêt personnel : donnez moi ce dont j’ai besoin, vous aurez en retour ce ont vous avez besoin. Nous ne nous adressons pas à leur humanité mais à leur égoïsme. Ce n’est jamais de nos besoins dont nous parlons mais de leurs avantages.

Le sens de l’échange, c’est que la somme de valeur soit plus grande après qu’avant. Cela signifie que l’un donne à l’autre plus que ce qu’il a possédé lui-même.

 

• Point de vue d’Aristote, dans le livre Politiques. 

On peut utiliser un bien ou l’échanger (Aristote prend l’exemple de la chaussure) contre de la monnaie ou des aliments. Tout bien selon lui peut devenir objet d’un échange. 

Mais il y a une évolution dans les échanges. D’abord, l’échange ne pouvait se faire que dans la juste proportion du nécessaire. Dans la famille, ce commerce était inutile car tout y est commun à tous. Puis apparut une science de la richesse, le commerce de détail, où la monnaie devint le moyen et le but de l’échange. L’échange alors n’est plus nécessaire mais profitable, strictement intéressé. 

Pourquoi ? Parce qu’alors l’échange obéit à de nouvelles règles. Il n’a plus pour objectif de satisfaire un besoin, et encore moins une passion, mais un intérêt. Pour parvenir à ses fins, l’intérêt doit se soumettre à une règle qui consiste à éliminer de l’échange tous les éléments qui ne sont pas porteurs d’une valeur négociable sur le marché, d’une valeur marchande.

La monnaie est alors nécessaire aux échanges et de là provient une distinction fondamentale entre deux concepts, celui de valeur d’usage et celui de valeur d’échange.

 

VALEUR D’USAGE ET VALEUR D’ECHANGE

Une chose sert, ou s’échange. Dans le premier cas on parlera de sa valeur d’usage (une chaussure sert à chausser), dans le second cas de sa valeur d’échange (lorsque la chaussure n’est plus perçue comme servant à chausser, mais comme servant de moyen d’échange). Ainsi Adam Smith, dans son ouvrage De la richesse des nations, nous donne-t-il la définition suivante :

 

« Il faut observer que le mot valeur a deux significations différentes : quelquefois il signifie l’utilité d’un objet particulier, et quelquefois il signifie la faculté que donne cet objet d’acheter d’autres marchandises. On peut appeler l’une valeur en usage et l’autre valeur en échange. ».

 

Puis il précise sa définition en l’illustrant d’exemples concrets :

« Des choses qui ont la plus grande valeur en usage n’ont souvent que peu ou point de valeur en échange. Il n’y a rien de plus utile que l’eau, mais elle ne peut presque rien acheter : à peine y a-t-il moyen de rien avoir en échange. Un diamant, au contraire, n’a presque aucune valeur quant à l’usage, mais on trouvera fréquemment à l’échanger contre une très grande quantité d’autres marchandises. ».

 

 

UNE MULTITUDE D’ECHANGES : LES ECHANGES NE SERAIENT PAS QUE SUBORDONNES A UN INTERET

 

LES ECHANGES HUMAINS

L’échange implique raison et sociabilité. La raison, parce que l’homme a différé la consommation immédiate d’un produit dans l’espoir d’une transaction qui lui serait favorable. La sociabilité car autrui apparaît alors comme la condition nécessaire de tout échange.

Mais du coup, l’échange matériel, donc l’échange des biens, n’est qu’un échange parmi d’autres, parmi un éventail plus varié, d’une communication plus générale. On parle en effet d’échanges d’idées, de sourires, de saluts. L’amour, la conversation, le jeu sont échange. Le langage lui-même est un échange...  Donc l’échange s’inscrit dans un système de relations que ne saurait épuiser la seule satisfaction des intérêts économiques. La plupart des rapports entre les hommes peuvent en effet être rangés dans la catégorie des échanges. Échanger c’est entretenir des liens avec autrui, donc faire la preuve de son humanité.

Par exemple, Lévi-Strauss dans Nature, Culture et société explique que l’inceste est socialement absurde et condamnable, parce qu’il exclut des individus du cercle des échanges, alors que l’obligation de prendre le conjoint en dehors de la famille fonde une réciprocité contribuant au développement de liens sociaux.

 

LES ECHANGES COMME PHENOMENES SOCIAUX

À travers les échanges et leur répétition se créent de toute évidence des liens entre les individus ou les groupes d'individus qui procèdent à la circulation des biens qu'ils produisent ou des services qu'ils procurent. Il est dès lors tentant de faire coïncider le phénomène de l'échange et le phénomène social lui-même, en enracinant ce dernier dans la pratique d'échanges qui, en devenant réguliers et en s'élargissant, finissent par tisser, entre les partenaires de tels échanges, des relations durables et réglées qui évoquent des relations sociales.

De plus, les échanges entraînent très vite une organisation et une discipline, que l’on nomme la division du travail, et qui consiste à grouper les individus selon leurs compétences et à les rendre  complémentaires et solidaires les uns les autres. Et cette division du travail, ainsi que l’explique Durkheim, si elle est à la base économique, est au final un phénomène social plus qu’économique, dans le sens où par cette organisation, la société trouve un ordre, et une « harmonie sociale ». 

Mais la société n’est pas à comprendre seulement comme issue d’échanges économiques. Toute société se définit en effet comme système d’échanges à plusieurs niveaux, marchands, non marchands. C’est ainsi que Lévi-Strauss explique que dans toute société la communication s’établit à trois niveaux : en plus de celui des échanges des biens, celui des échanges des services et celui des échanges des femmes.

 

PERVERSION DES ECHANGES ET ALIENATION DE L’HOMME :   LE RISQUE DES ECHANGES (TROP) INTERESSES

   

DE L’ARGENT COMME MOYEN A L’ARGENT COMME FIN

Les rapports de marchandises font disparaître la vraie origine de la valeur des choses : le travail humain et provoquent la perversion des liens sociaux.

On l’a vu, pour Aristote l’échange, à l’origine, est limité par le besoin, puis il change et devient profit. Alors que l’argent a été inventé pour répondre aux besoins de l’échange, en instaurant un critère pour évaluer la valeur des biens : l’échange devient artificiel, conventionnel. Le commerce entre dans une phase d’activité d’enrichissement et non plus de satisfaction de mes besoins vitaux. L’argent crée sa propre logique : celle de la possession.

L’argent passe alors du stade de moyen des échanges à celui de finalité, au sens où on le veut pour lui-même, pour posséder et non pour un besoin quelconque. La logique de l’enrichissement est en place.

Le monde libéral repose sur ce désir d’enrichissement qui pousse les hommes à travailler pour un pouvoir d’achat illimité : sans cela il ne saurait, selon cette logique, n’y avoir ni progrès ni travail. Cette logique est défendue par Adam Smith, qui y voit des vertus de progrès, mais elle est condamnée par d’autres qui y trouvent de la perversion aboutissant à l’aliénation des hommes. 

 

L’ARGENT COMME PERVERSION ET ALIENATION

Marx est sans doute le philosophe ayant le plus insisté sur cela. Pour lui, « l’argent confond et échange toutes choses, il est la confusion et la permutation universelle de toutes choses : c’est le monde à l’envers, la confusion et la permutation de toutes les propriétés naturelles et humaines » (Manuscrits de 1844).

L’argent pervertit les rapports humains : l’argent est une puissance d’aliénation universelle ; le travail n’est plus l’expression de la force créatrice de l’homme, le travailleur devient un objet échangeable. Ainsi le développement capitaliste des échanges métamorphose les rapports d’humains en rapport d’objets : le travailleur, devenu une marchandise comme les autres est vidé de son contenu humain, c’est l’aliénation, l’argent devenant le seul lien qui rattache l’homme à la société, à la nature, à ses semblables.

L’argent apparaît dès lors comme la forme supérieure de l’aliénation en tant qu’il mesure les rapports humains qui sont ainsi réifiés. L’activité humaine par excellence, l’échange, dès lors qu’il apparaît sous sa forme marchande, déshumanise les rapports humains. 

Autrui n’est alors plus perçu  au travers de sa dimension humaine ou ses valeurs intellectuelles et morales, car celles-ci ne sont pas négociables, mais essentiellement à travers sa valeur marchande, comme un pur moyen de satisfaire un intérêt sans le moindre coût. Dès lors s’impose une contradiction entre la conception économique et la conception morale des échanges. Car la conception morale impose de traiter autrui comme une fin et pas comme un moyen. L’intérêt tend à imposer à autrui un échange qui ne lui sera pas favorable. De ce point de vue, l’avantage de l’un sera la perte de l’autre. Ce pourquoi Marx en conclut que « le commerce noie tout dans les eaux glacées de l’égoïsme ».

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