L'art et la technique - Philosophie - Terminale STMG

L'art et la technique - Philosophie - Terminale STMG

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L'art et la technique - Philosophie - Terminale STMG

Le contenu du document

Dans ce cours sur art et technique, il va s’agir de questionner les rapports entre ces deux notions. Sont-elles complémentaires ou étrangères l’une à l’autre ? Sont-elles réductibles l’une à l’autre ? Pourquoi les différencier dans les mots, que cela signifie-t-il dans les faits ? On verra d’abord que dans les faits, justement, l’œuvre d’art suppose la technique même si elle s’en différencie quelque peu. 

Mais ensuite nous verrons que dans la finalité, art et technique s’opposent magistralement, le premier ayant une finalité gratuite et esthétique, la seconde étant suspendue à une fin intéressée...

L’art apparaît donc comme supposant la technique pour se réaliser, mais comme dépassement de cette dernière pour être de l’art, il ne saurait donc s’y réduire même s’il la suppose.

PRÉREQUIS

Aucun prérequis, c’est un cours de débutant en philosophie, aucune crainte ! Il faut juste être vigilant quant aux distinctions conceptuelles employées et au vocabulaire spécifique utilisé.

OBJECTIFS

L’étymologie commune : le mot “technè” ; La définition actuelle de l’art par Genette ; La finalité de l’art : du beau à l’esthétique (Baumgarten, Kant) contraire à la finalité pratique de la technique (Alain) ; L’œuvre et le produit ; La non-reproductibilité de l’œuvre d’art (Benjamin) ; L’artiste, le technicien et le génie ; Nature/culture.

Introduction

A. L’art et la technique, une longue histoire …

Pendant des siècles, l’art avait la même définition que la technique. Tous les deux étaient désignés comme étant un procédé, une manière de faire, un savoir-faire. D’ailleurs, même mot en grec, même étymologie : “technè”. Ainsi dès lors l'art était considéré comme étant artificiel (soit qui n'est pas naturel).

C’est à partir du XVIIème siècle que l'art s'est différencié de la technique. Le technicien a suivi des études alors que l'artisan tient ses techniques des anciennes générations. Le technicien enlève l'unicité de l'objet fabriqué : les résultats sont identiques et sans vie. Le technicien utilisera des produits manufacturés tandis que l'artisan utilisera des matériaux naturels. 

On parle alors de Beaux-Arts, qui incluent d’abord dessin, peinture, sculpture, architecture, musique, poésie, théâtre, danse (cinéma après).

B. La finalité esthétique comme rupture fondamentale

Parce qu’il a pour première vocation la recherche de l’esthétique, l’art est parfaitement inutile. Il ne sert à rien en tant que tel, n’a aucune fonction utilitaire, contrairement aux objets techniques qui servent toujours à quelque chose. 

D’ailleurs, les chercheurs ont trouvé une forme d'art dès la préhistoire, certaines pierres étaient taillées et policées au-delà de la simple utilité et c’est bien cette recherche esthétique qui a fait de ces dernières des œuvres d’art, coupées qu’elles étaient de toute utilité concrète, de toute technicité.

REPÈRE. Étymologiquement indifférencié de la technique par la même base grecque de technè, l’art pourtant se définit dorénavant comme une activité à part entière et bien spécifique : une activité intentionnelle dont la finalité est de produire une satisfaction esthétique. Il est donc parfaitement inutile, détaché de toute fonction répondant à un besoin utilitaire.

C.   Problématique

Ainsi, on peut se poser les questions suivantes : si l’art diffère de la technique, l'artiste est-il forcément celui qui a un don ou une parfaite maîtrise des techniques ? Et puis, à quoi reconnaît-on une œuvre d'art ? 

Quelles sont les propriétés d’une œuvre qui la ferait différer d’un simple objet technique ? Quel est donc le rapport de l’art et de la technique, sont-ils totalement étrangers l’un à l’autre ou l’art ne peut-il pas se passer de technique ?

I. DANS LES FAITS, L’ART NE PEUT PAS SE PASSER DE TECHNIQUE, MÊME SI ART ET TECHNIQUE SE DISTINGUENT

A. L’œuvre, parce-qu’elle a besoin d’un minimum de technique, est un produit particulier

Si l’on considère maintenant l’art et la technique dans leur sens courant (technique au sens large de savoir-faire), le produit est l’aboutissement d’une technique particulière, et l’œuvre le fruit de l’art. Mais cette dernière ne semble pouvoir exister sans et en dehors de la technique. 

En effet, l’artiste, si on ne le considère pas comme un génie (qu’on peut, en généralisant, définir comme une sorte d’être en contact avec le divin qui n’a pas besoin de technique puisqu’il crée de façon innée grâce au divin qui se manifeste en lui) est obligé d’utiliser la technique, c’est-à-dire son savoir-faire, pour pouvoir réaliser une œuvre.

Par exemple, pour créer (nous reviendrons plus tard sur l’emploi de ce terme) une pièce musicale, le compositeur doit avoir acquis une certaine technique, comme par exemple celle du solfège, qui lui permet alors d’avoir les moyens d’être l’auteur d’une œuvre. 

Et il paraît en être de même pour tous les autres artistes. Finalement, chacun des arts aurait une technique particulière (architecture, littérature, sculpture, peinture, danse, musique et le septième art : le cinéma).

L’œuvre, ayant apparemment pour condition a priori la technique, semble effectivement ainsi faire figure de produit. 

Comme l’explique Morizot dans Questions d’esthétique, dans certains arts, comme l’art de masse, la technique est l’essence même de l’œuvre, comme le cinéma « qui n’existe qu’en cela » avec la caméra et ses effets, ou encore « le rock, le rap ou la techno qui fabriquent leurs œuvres dans un studio d’enregistrement et ne font que la reproduire ensuite sur scène », s’ils le font (les Beatles finiront par renoncer à se produire sur scène).

B. L’œuvre et le produit, création contre production

Une autre différence fondamentale existe entre le produit et l’œuvre, celle de leur conception respective. Si le produit se fabrique, s’élabore ou se construit, l’œuvre se crée. Il ne peut y avoir création que parce qu’il y a des moyens techniques, certes, mais contrairement à la production ou la fabrication qui sont déterminées en tout point et donc mécaniques, la création, elle, est spontanée. 

Cela signifie que contrairement à l’artisan (en tant que celui qui fabrique un produit), l’artiste qui crée ne prémédite en rien son œuvre et n’en a pas de plan préétabli, sinon elle serait produite et non créée, et perdrait ainsi une de ses spécificités d’œuvre. Contrairement donc à l’artisan, l’artiste n’applique pas de recette provenant de l’extérieur. 

Il fixe lui-même ses règles tout en faisant l’œuvre et non avant (les règles sont simultanées à la création de l’œuvre), car il ne découvre ce qu’il faut faire qu’en étant en train de créer. En suivant ainsi ses propres règles, l’artiste est libre et atteint une autonomie que celui qui produit quelque chose n’a pas puisqu’il se contente d’appliquer un concept, et s’enferme ainsi dans des règles fixes. 

C’est ce qu’explique Alain, dans le Système des Beaux-Arts, quand il dit que « toutes les fois que l'idée précède et règle l'exécution, c'est industrie. Et encore est-il vrai que l’œuvre souvent, même dans l'industrie, redresse l'idée en ce sens que l'artisan trouve mieux qu'il n'avait pensé dès qu'il essaie ; en cela il est artiste, mais par éclairs. [...] 

Pensons maintenant au travail du peintre de portrait ; il est clair qu'il ne peut avoir le projet de toutes les couleurs qu'il emploiera à l’œuvre qu'il commence ; l’idée lui vient à mesure qu'il fait ».

C. Dimension individuelle, dimension collective

La création est individuelle dans le sens où une œuvre n’a qu’un seul auteur et ne peut de ce fait être que singulière : la copie n’est pas une œuvre puisqu’en recopiant, on ne fait que reproduire une œuvre finie, autrement dit une œuvre où les règles sont fixées, ce qui amène à ne faire qu’un produit.

La production, elle, est collective. En effet, plusieurs personnes travaillent pour la réalisation d’un produit (le concepteur, ceux qui le fabriquent) et le déclinent généralement en série : par exemple, l’homme qui a inventé la voiture a fait appel à des ouvriers pour pouvoir en construire une, et si de nos jours il en existe des milliers c’est que de nombreuses personnes y travaillent encore.

Benjamin, dans L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique explique particulièrement bien cela : il y a technique dès lors qu’il y a reproductibilité, et jamais une imitation ne sera une œuvre d’art.

D. Nature et culture

Le produit ne fait qu’ancrer l’homme dans la nature puisqu’il sert ses penchants naturels (ses besoins, ses envies) alors que l’œuvre l’en détache puisque non seulement elle est totalement désintéressée (elle le délivre de l’empire de la nécessité puisqu’elle n’a d’autre but qu’elle-même), mais en plus par le biais de la création, en le rendant libre de fixer ses propres règles, elle autonomise l’homme par rapport à la nature. 

Pour montrer à quel point l’artiste se détache de la nature, de nombreux philosophes ont eu recours à l’idée de génie, cet être qui créerait par inspiration divine, cet être « mi-naturel, mi-divin ».    

L’homme semble manifester, dans l’œuvre, sa différence avec la nature, et notamment en y montrant une certaine supériorité. C’est ce que montre Hegel dans l’Esthétique. Du côté de l’artiste tout d’abord, par la mimêsis ou imitation de la nature, l’homme montre qu’il est capable de reproduire ce que la nature a créé, mais aussi qu’il la maîtrise. 

Par exemple, en peignant une montagne, l’artiste peut supprimer la montagne naturelle en ce sens que comme la montagne l’effraie, le fait de la peindre lui en fait prendre possession et lui permet de la dominer. 

On expliquerait difficilement de cette manière toutes les peintures représentant une montagne, mais le fait de représenter fictivement ce qui nous effraie est une des principales fonctions cathartiques mises en évidence par la psychanalyse. L’imitation fait aussi dépasser la nature à l’artiste en ce sens que s’il l’idéalise, il lui enlève ses défauts et la perfectionne. 

C’est ainsi qu’il se détache d’elle, la nie et, se découvrant alors esprit, actualise son essence. Ici donc le produit ne peut en aucun cas jouer ce rôle puisque comme nous l’avons vu précédemment, tout au contraire de l’œuvre, il satisfait les penchants naturels de l’homme et l’ancre donc dans le monde naturel.

E. Une technique hors norme

Qu’est-ce qui fait l’artiste ? Est-ce un don naturel ? Un travail intense et forcené ? Un mixte des deux ? Tout le monde est-il apte à devenir un artiste ? Non. Pourquoi ? Parce qu’il faut malgré tout une maîtrise certaine de l’art en question.

Pas de grand pianiste qui n’ait fait ses gammes, de cantatrice qui n’ait appris à respirer ou poser sa voix, de danseur étoile, si gracieux, qui n’ait effectué de lourds et éreintants entraînements. 

Comme le dit Fournel, dans Les athlètes dans leur tête, le sprinter que l’on voit si aérien et à la gestuelle si parfaite, qui entraîne l’admiration et pour qui tout a l’air si évident, n’est qu’un illusionniste qui fait certes sensation en dix secondes, mais dont la course condense en réalité des milliers d’autres et suppose des heures et des heures de travail. 

Tout se passe donc comme si l’artiste était celui qui maîtrisait absolument son affaire, connaissant les moindres secrets de son art. C’est ce que pense Nietzsche dans Humain, trop humain : pour lui, pas de génie sans travail et sans labeur.

Si donc l’art diffère certes de la technique, dans la mise en œuvre et dans la finalité du geste, il n’y a pourtant pas d’artiste sans un certain apprentissage et sans travail. Voyons à cet égard Rodin et sa maîtrise exceptionnelle du marbre... 

Mais il ne suffit sans doute pas de travailler, ni de technique, des dispositions sont de mise. Car avoir la technique sans avoir l’intuition ou l’inspiration ne fait pas de l’art. Pourquoi donc l’artiste seul, contrairement à l’artisan, ne fait pas que fabriquer des objets ? Pourquoi est-il un artiste et pas un simple technicien ? Parce qu’il y a une part de génie en lui.

F. L’artiste et le génie – L’artiste est plus qu’un technicien

Le génie n’est pas forcément l’auteur d’œuvres que l’on considérerait comme parfaites. Car déjà les œuvres parfaites n’existent sûrement pas, mais en plus certaines œuvres imparfaites sont géniales. Notons à cet égard la Symphonie inachevée de Schubert. Donc d’emblée le génie n’est pas forcément un excellent technicien... puisqu’il n’a pas achevé sa technique.

Force est de constater qu’on ne sait pas pourquoi on dit de tel ou tel artiste qu’il est un génie. On le reconnaît comme tel, mais sans avoir véritablement de raisons. Ce qui est logique, puisque le génie est bien celui qui échappe à toute sorte de compréhension possible, puisqu’il s’en veut littéralement la subversion.

Pour Kant, dans la Critique de la faculté de juger, le génie est au principe de l’art. Il confond donc les deux. Pour lui, le vrai artiste est toujours génial. A-t-il tort ? Goldman, auteur compositeur interprète, semble par certains aspects génial : il transmet sa musique, compose pour d’autres, ouvre un véritable monde via sa manière de faire si particulière. 

Mais un chanteur ponctuel de téléréalité ne transmettra rien, n’aura pas d’héritage artistique, ni de monde à lui dans lequel faire venir les autres. Il lui manquera ce vrai coté artiste, ce côté génial.

Kant va plus loin et précise que « le génie est la disposition innée de l’esprit par laquelle la nature donne les règles à l’art ». On comprend à travers ces lignes que le génie est comme un être inspiré, comme un ventriloque d’une force lui échappant, inexplicable. 

Ce qui renvoie d’ailleurs à l’image que Platon donnait du poète, dans L’Ion, où il explique que l’artiste poète ne dispose pas d’un savoir-faire particulier, d’une technique aboutie, mais qu’il est inspiré, comme s’il était saisi par un Dieu ! Quelque chose donc d’inexplicable et d’immense, d’inouï. Pour autant, Kant définit le génie par quatre critères, très convaincants :

  • L’inexplicable, ce que l’on vient de voir. Le génie ne peut expliquer comment il produit ce qu’il fait, et les autres, de même, ont du mal à comprendre rationnellement ses œuvres : « il n’est en son pouvoir ni de concevoir à volonté ou suivant un plan de telles idées ni de les communiquer aux autres dans des préceptes qui les mettraient à même de réaliser des produits semblables ». Cela signifie que son élan est davantage instinctif que calculé, imprévisible et indéfinissable. Ce pourquoi il n’y a de génies qu’en art et aucunement dans les sciences :

« On peut bien apprendre tout ce que Newton a exposé dans son œuvre immortelle. Si puissant qu’ait dû être le cerveau nécessaire pour ces découvertes ; en revanche, on ne peut apprendre à composer des poèmes d’une manière pleine d’esprit, si précis que puissent être tous les préceptes pour l’art poétique et si excellents qu’en soient les modèles. »

  • L’expression de la nature.  Par le génie, on l’a vu, la nature prescrit des règles à l’art. Cela veut donc dire qu’à travers lui, l’art et la nature sont indissociables. Il y a une sorte d’instinct, de “truc” naturel dans l’esprit du génie, qui motive ses gestes.
  • L’originalité. L’art du génie n’est pas un savoir-faire ou une technique acquise par l’habitude. Il s’agit au contraire d’ « un talent qui consiste à produire ce dont on ne saurait donner aucune règle déterminée. ». Du coup, le travail du génie est toujours original, premier, jamais vu ni balisé. Il déroute et innove.
  • L’exemplarité. Les œuvres du génie sont exemplaires, c’est-à-dire qu’elles servent de règles et de modèles pour les autres, bien que le génie ne connaisse pas ses propres règles. Le génie en effet va ouvrir un monde, va avoir des héritiers, va être imité...

REPÈRE. L’art ne peut se passer de technique mais dépasse cette dernière dans les faits, il la suppose pour s’ériger mais ne s’y réduit pas.

II. C’EST DONC PLUTÔT DANS LA FINALITÉ QUE L’ART SE DISTINGUE ABSOLUMENT DE LA TECHNIQUE – ESTHÉTISME CONTRE UTILITÉ

A. L’œuvre et le produit, des finalités toutefois bien différenciées : utilité/gratuité

Même si elle peut apparaître comme étant à la base un produit, on ne peut pas dire que l’œuvre se borne à en être un puisque leurs fins respectives sont vraiment différentes. 

Et en effet, il ne faut pas négliger que le produit est l’aboutissement d’une technique, c’est-à-dire qu’il en profite à des fins intéressées, autrement dit dans un objectif utilitaire : l’homme fabrique une chaise dans le but bien précis qu’on puisse s’y asseoir. 

De même, le feu, en tant que formidable outil préhistorique, sert à se protéger en effrayant les bêtes sauvages, ou à cuire la chair des animaux chassés, ou encore tout simplement à pouvoir voir dans l’obscurité. 

Si l’on remarque que le produit d’aujourd’hui, comme le téléphone portable, ou le vêtement à la mode, est bien plus l’assouvissement d’une envie que celui d’un besoin comme à la Préhistoire, on note néanmoins qu’il est toujours serviteur de quelque chose, il n’est pas gratuit et qu’en ce sens, il utilise la technique pour l’intérêt de l’être humain. 

Le produit sert donc à assouvir les penchants naturels de l’homme, voire de son égoïsme.

L’œuvre, elle, témoigne de sa différence en allant au-delà de la technique, et en effet, elle en est le dépassement puisqu’elle l’utilise, certes, mais de façon purement désintéressée, c’est-à-dire sans viser une fin utilitaire. 

C’est pourquoi, pour être digne de ce nom, comme l’a montré Kant dans l’Analytique du Beau, l’œuvre doit être gratuite et avoir sa fin en elle-même. Désintéressée et non utile, gratuit en ce sens, l’œuvre est donc l’opposé ici du produit, toujours suspendu à une fin utilitaire et pratique.

B. De la recherche du beau à la finalité esthétique en art, contrairement à la technique

Le propre de l’œuvre, ce qui fait sa spécificité, c’est le jugement de goût. Kant, notamment, a étudié le fonctionnement de ce jugement esthétique dans la première section de la Critique de la Faculté de Juger et plus particulièrement dans l’Analytique du Beau

Il est généralement admis que l’art est la recherche du beau, quelle que soit la nature de ce beau, et dans ce cas, l’œuvre devient témoin privilégié de cette quête. 

Kant fait du sentiment de beau quelque chose de purement humain : il admet en effet que le beau provient d’un libre jeu des facultés humaines où l’imagination, plus soumise à l’entendement, peut se livrer librement lors de la confrontation avec l’œuvre à un jeu interprétatif et que l’esprit, stimulé par cette confrontation, tente d’appliquer des concepts à l’œuvre tout en étant conscient que le jugement esthétique différant du jugement de connaissance, la subsomption sous un concept ne peut être reconnue vraie ou fausse. 

Le sentiment de beau, s’il creuse encore la différence de l’œuvre et du produit, n’y voit pas là sa dernière fonction.

C’est en fait par lui que l’œuvre joue son rôle fondamental, et qu’elle se détache ainsi complètement du produit. En effet, le jugement esthétique restitue une certaine dignité à la sensibilité jusqu’alors expression de la finitude humaine et permet de ce fait d’affirmer la grandeur de l’homme, créateur d’un objet inutile. 

Et cette inutilité de l’art peut être vue comme une autonomisation de l’homme face à des puissances supérieures, et ainsi donc comme la création d’un monde digne même si relevant du sensible. Parce qu’elle est créatrice d’un monde proprement humain, c’est-à-dire d’un monde de paradoxale liberté - l’homme se détache certes de la nature mais en restant néanmoins limité à sa sensibilité - l’œuvre ne peut pas être un produit.

C’est donc la finalité esthétique qui fait qu’une chose entre dans le domaine de l’art. L’urinoir de Duchamp est une œuvre d’art parce qu’il est exposé et dépend d’un projet autre que technique : il ne sert pas à uriner, il est là pour être vu et dire quelque chose. 

Tout ceci vaut pour toute œuvre d’art. Genette le disait parfaitement bien dans L’œuvre de l’art, il s’agit d’une « activité intentionnelle dont la finalité est de produire une satisfaction esthétique ». 

Autrement dit, l’art se définit comme cette production d’œuvres ayant pour but de “parler” à la sensibilité (en grec “aisthesis” veut dire cela), de toucher, d’affecter, de faire réagir. Contrairement à l’objet technique suspendu à une fin utilitaire.

L’esthétique est devenu le maître mot en art au XVIIIème siècle avec Baumgarten, fondateur de l’idée même d’esthétique et le premier à penser l’art en ces termes (provoquer une réaction des sens), suivi peu après par Kant.

REPÈRE. C’est dans la finalité (provoquer une réaction esthétique) que l’œuvre d’art se distingue radicalement du produit (qui a pour finalité, quant à lui, d’être utile).

Conclusion

L’art et la technique sont deux notions différentes, mais complémentaires : l’art, pour exister et se réaliser, suppose une dimension technique : un artiste est forcément maître d’une technique particulière à son art et un pianiste ne saurait exister qui ne fait ses gammes. 

La technique intervient donc comme une condition de l’art, mais a contrario, l’art doit surpasser la technique pour atteindre son rang, et il le fait à plusieurs niveaux : sa finalité, qui est esthétique et non pratique ; son origine, création plus que production ; son metteur en scène qui est surtout génial.

LE PETIT + DANS TA COPIE

Lorsque vous dissertez sur l’art, vous ne pouvez pas rester abstrait. Il faut donc vous faire une petite fiche d’œuvres artistiques un peu personnelle, qui sortent des œuvres terriblement bateau que le prof de philo va lire dans 90% des copies. Il faut aussi diversifier ces œuvres selon les types d’art : peinture, musique, poésie, photo, sculpture, architecture, etc.

POUR ALLER PLUS LOIN …

Parcourir la bible sur cette notion, L’histoire de l’art de Gombrich, un grand tome illustré qui vous aidera à mieux comprendre l’histoire de l’esthétique et où vous pourrez puiser divers exemples bien précis !

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