La justice et la loi - Philosophie - Terminale STMG

La justice et la loi - Philosophie - Terminale STMG

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La justice et la loi - Philosophie - Terminale STMG

Le contenu du document

Dans ce cours sur la justice et la loi, il va s’agir de comprendre les rapports entre ces deux notions, qui ont l’air très évidents de prime abord mais qui ne le sont nullement. S’il semble pertinent de penser que les lois et le droit fondent ce qui est juste, il suffit de considérer une loi pas forcément juste pour comprendre que la justice se trouve avant tout dans l’esprit de l’homme, en tant que vertu. 

Tout le monde a bien une idée de la justice, mais comme il est rare de l’appliquer sans contrainte, c’est l’injustice qui règne. Les lois servent donc à garantir une certaine forme de justice, sans pour autant fonder cette dernière. 

Dans un premier temps nous verrons ainsi en quoi les lois servent à promulguer une certaine norme de justice inexistante dans la nature et le domaine des instincts et pulsions. 

Dans un second temps, nous réaliserons que la loi ne suffit pas pour être juste, il faut notamment dépasser ses failles que sont la généralité et l’abstraction. Enfin, nous nous demanderons si la plus haute forme de justice n’est pas avant tout morale, avant que d’être légale.

PRÉREQUIS

Aucun prérequis, c’est un cours de débutant en philosophie, aucune crainte ! Il faut juste être vigilant quant aux distinctions conceptuelles employées et au vocabulaire spécifique utilisé.

OBJECTIFS

La double définition de la justice comme institution et comme vertu ; La distinction légalité/légitimité ; La distinction droit objectif/droit naturel ; Le mythe de l’anneau de Gygès de Platon ou la justice par contrainte ; Le mythe d’Antigone de Sophocle où la supériorité de la justice morale ; L’égalité et l’équité ; Le droit de résistance et la désobéissance civile ; La loi du plus fort, la loi du talion et la vengeance ; Le jusnaturalisme.

Introduction

A. Définition de la justice : une notion double

La justice a une double définition selon qu’elle renvoie à une institution ou à une valeur, selon qu’elle est donc politique/légale, ou morale. Dans le premier cas, il s’agit d’une institution chargée d’appliquer le droit, de faire respecter la loi et de réparer les torts subis par les victimes de l’injustice, les tribunaux en sont les lieux les plus courants et le pouvoir judiciaire son moteur. 

Dans le second cas, c’est une vertu, un sentiment, une qualité morale subjective qui font que tout un chacun est capable d’agir justement ou non.

Le concept de justice renvoie donc à deux types de réalité et a forcément une signification différente selon qu’il renvoie à l’un (l’institution) ou à l’autre (la valeur).

Selon l’étymologie latine “jus”, signifiant “droit”, la justice, c’est d’abord du légal, puisque c’est la décision d’un juge, qui prononce le droit. Mais comme la justice désigne aussi une vertu, chacun est libre de juger juste ou injuste telle décision rendue par le pouvoir judiciaire. En ce sens on parlera de lois justes ou injustes, de la justice ou de l’injustice de la décision du juge.

B. Définition de la loi 

La loi c’est une règle du droit universelle, c’est-à-dire qui s’applique à tous. Nul n’est censé ignorer la loi. La loi dit aux individus vivant dans une même société ce qu’ils peuvent faire ou non, et ce qu’ils risquent en cas d’irrespect de la loi. La loi norme donc, légalement, les comportements des individus dans une société donnée et agit pour le vivre ensemble.

La loi fait ainsi passer la justice du domaine privé au domaine public, car son existence empêche ni plus ni moins que les individus se fassent eux-mêmes justice, à une exception près : la légitime défense.

La loi se présente alors comme la condition nécessaire de la justice, du moins de la justice officielle. Mais la justice s’y réduit-elle ? La justice, sans lois, existerait-elle ?

Là encore il faudrait distinguer entre loi légale (celle du droit objectif) et loi morale (la vertu subjective, chacun de nous ayant un sentiment de justice dans ses actions).

C. Problématique

La question des rapports entre la justice et les lois se pose. À priori, la justice ne peut pas se passer de lois et de droit. On ne peut se faire justice seul et elle suppose donc un pouvoir judiciaire et légal capable de mettre tout le monde à égalité et tout le monde d’accord. 

Mais toute la question philosophique est de savoir si toutefois la justice se réalise tout entière par les lois et dans le droit ou si ce n’est pas du côté moral qu’il faut se pencher pour trouver la plus grande justice. D’ailleurs, une question se pose : la justice légale peut-elle contredire la justice morale et vice-versa ? Comment trouver le juste dans ce cas ?

REPÈRE. Il faut bien retenir la double définition de la justice, tantôt légale (la justice des lois et du droit), tantôt morale (la justice comme vertu et sentiment subjectif).

I. LA JUSTICE ET LES LOIS, ÉRIGÉES CONTRE LA NATURE ET LA LOI DU PLUS FORT

C’est pour lutter contre le pseudo droit du plus fort, contre les inégalités de la nature, que la justice légale, donc les lois, sont instaurées.

A. La justice pour contrer l’instinct naturel et la violence

La nature et la loi, la convention, s’opposent. Pourquoi ? Parce que la loi est quelque chose d’artificiel, de non fondée en nature, elle n’y existe pas. La justice n’a-t-elle pas d’ailleurs été instaurée précisément pour dépasser les inégalités de nature ? Ou pour empêcher les sentiments instinctifs de violence, de rancune, profondément injustes ? Si.

Là où la nature ne connaît que des rapports de force et n’est que physique, seul l’homme, être doté de raison, être mi-naturel mi-culturel, est capable d’argumenter, de raisonner, de peser le pour et le contre, donc d’avoir une idée de la justice. 

Ériger la justice contre la nature serait donc preuve d’humanité, de même que de penser, à l’inverse de ce que tend à dire la nature, que le fort comme le faible ont la même valeur, les mêmes droits. Voyons à cet égard la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, qui précise que « tous les êtres humains naissent libres et égaux en droit ».

Un mythe illustre parfaitement cette antinomie de la nature et de la loi, c’est le mythe de l’anneau de Gygès, raconté par Platon dans La République. Il illustre parfaitement cette idée que la justice n’existe pas par nature. Ce mythe montre qu’on n’est jamais juste naturellement, spontanément. 

Quel est ce mythe ? Gygès est un berger, il trouve un anneau d’or en se promenant et il s’aperçoit qu’en le tournant il peut devenir invisible aux autres. Il profite de son sort, et à chaque fois qu’il est invisible, il fait tout ce qui est interdit, en toute impunité, puisque personne ne peut le voir, le dénoncer. 

Ce mythe est là pour dire que personne n’est juste de son plein gré, mais qu’on n’obéit aux lois que par contrainte, parce qu’on nous voit agir mal et que cela est passible de punition. Notre premier penchant serait l’injustice, que la loi viendrait empêcher par son côté punitif et coercitif. La loi interviendrait donc pour contrer les injustices de la nature, redresser cette dernière.

B. La loi contre le droit du plus fort et la pseudo justice personnelle qu’est la vengeance

La justice intervient ainsi pour pallier ce que l’on appelle, de manière franchement oxymorique, le « droit du plus fort ». Oxymorique, parce que seule la force ne peut fonder le droit. Le droit est une affaire rationnelle et pas naturelle. 

C’est ce qu’explique particulièrement bien Rousseau, dans Du contrat social, lorsqu’il dit que « le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maître, s'il ne transforme sa force en droit et l'obéissance en devoir. De là le droit du plus fort ; droit pris ironiquement en apparence, et réellement établi en principe. [...] 

Convenons donc que force ne fait pas droit, et qu'on n'est obligé d'obéir qu'aux puissances légitimes. Ainsi ma question primitive revient toujours ». Rousseau explique bien ici que la force ne saurait être constitutive du droit, du juste, et qu’il faut légaliser une règle pour qu’il y ait justice digne de ce nom.

La justice œuvre aussi contre l’état de guerre inhérent à la nature, où les hommes sont en lutte perpétuelle les uns contre les autres. À cet égard, Hobbes explique la différence qu’il y a entre l’homme à l’état de nature, et l’homme à l’état social où la justice existe par les lois.  

À l’état de nature, « l’homme est un loup pour l’homme » nous dit Hobbes dans le Léviathan, qui ne se comporte envers ses pairs qu’avec force et domination. Pour Hobbes, avant que les lois ne soient instaurées, seul un déchaînement des passions incontrôlées, accompagné d’une grande violence règnent parmi les humains, ce qu’il appelle ni plus ni moins qu’un « état de guerre ». 

Il écrit ainsi qu’« il apparaît clairement qu’aussi longtemps que les hommes vivent sans un pouvoir commun qui les tienne tous en respect, ils sont dans cette condition que se nomme guerre, et cette guerre est guerre de chacun contre chacun ». 

D’après Hobbes, c’est uniquement après l’érection du pouvoir judiciaire et de ses lois qu’un acte peut être considéré comme juste ou injuste, légal ou illégal. Le juste pour Hobbes est alors le légal, la justice pour lui se confond avec les lois, s’y réduit. Pas de justice hors loi.

Donc si l’on poursuit notre analyse, nous pouvons dire ici que la justice institutionnelle est là pour dépasser la justice personnelle, vengeance ou ce qu’on peut appeler la loi du talion (œil pour œil, dent pour dent). 

Ces dernières, parce qu’elles proviennent d’un sentiment subjectif et de motifs plus ou moins passionnés, parce qu’elles répondent à l’injustice par la violence, sont contraires précisément à l’universalité que présuppose l’idée de justice, qui pour être vraie doit être la même pour tous. 

C’est l’argument que développe Hegel dans son livre les Principes de la philosophie du droit : l’homme ne doit pas se venger, se venger est mal car injuste, car se venger n’est pas un droit. 

Voilà pourquoi il faut faire appel à la justice, millimétrée et juste mesure pour tout un chacun, ce sans quoi un défilé de vengeance aura lieu : je me venge d’untel qui m’a causé du tort, ma vengeance semblera forcément injuste à cette personne qui se vengera à son tour, sans fin... Ce ne serait là qu’un défilé de violence contraire à toute idée de justice et de paix entre les hommes.

REPÈRE. Pour qu’il y ait justice, il doit y avoir un critère d’universalité, ce sans quoi chacun fait ce que bon lui semble et c’est l’anarchie. La justice donc ne peut être personnelle, la légalité est alors importante pour donner une règle commune à tous.

II. SUFFIT-IL D’OBÉIR AUX LOIS POUR ÊTRE JUSTE ? QUELLE FORME DE JUSTICE PERMETTENT LES LOIS ? N’Y-A-T-IL QUE LES LOIS POUR FONDER LA JUSTICE ?

A. La loi et l’égalité, une insuffisance de la justice

La justice met en place une égalité, puisqu’elle pose tout un chacun sur un même piédestal, la loi étant commune à tous et nul ne pouvant s’y dérober. La loi est forcément générale et les hommes devant elle sont en principe égaux.

La loi semble ainsi se confondre avec l’égalité, de sorte que par définition toute inégalité deviendrait profondément injuste. L’égalité serait alors le critère même de la justice. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si le symbole traditionnel de la justice est une balance, une balance offrant un exact équilibre entre les deux côtés, donc une égalité !

Mais justement, ne peut-on pas penser que si la loi est vraiment la même pour tous, elle en devient précisément injuste ? N’est-ce pas injuste d’imposer une généralité à des cas particuliers ? C’est sur cette faille qu’est née l’idée que la véritable justice ne serait pas dans l’égalité mais dans l’équité. Autrement dit la loi ne suffirait pas, il faudrait toujours l’adapter et faire donc de la casuistique.

B. L’équité ou la loi adaptée contre les injustices de l’égalité

Comme dit juste au-dessus, si la loi par nature est générale, les hommes auxquels elle s’applique ne sont pas tous les mêmes, bien au contraire. Alors si les lois sont appliquées à la lettre pour des individus totalement différents et pas forcément égaux en fait, elle devient injuste. C’est pour dépasser la généralité de la loi et les conséquences injustes qui en résultent qu’il faudrait faire place à l’équité.

Aristote fut le premier à en parler dans l’Ethique à Nicomaque, en distinguant deux types de justice. D’abord la justice dite corrective, qui pose l’égalité dès le départ et dont le principe est qu’entre personnes supposées égales, il est juste que le partage soit égal. 

Ensuite la justice distributive qui donne au contraire à chacun la part proportionnée à son mérite et pour laquelle il serait parfaitement injuste de donner autant à l’homme méritant qu’à celui qui vaut moins. La justice distributive est basée non plus sur le principe d’égalité mais sur le principe de proportionnalité. On passe presque là à l’idée d’équité...

REPÈRE. Bien distinguer ici l’égalité, l’universalité de la loi qui s’applique de la même façon à tout le monde ; de l’équité, application adaptée de la loi aux cas particuliers et prenant en compte les différences de tout un chacun.

C. La loi ne suffit pas pour fonder la justice - De la différence entre le légal et le légitime, et du droit de résistance au légal à la désobéissance civile

La loi stricte, la pure et simple loi, donc, n’est pas forcément juste. La justice ne pourrait ainsi pas se limiter à la loi. Il faut avoir un certain recul et un regard critique sur cette dernière, ainsi qu’une jurisprudence toujours apte à l’adapter selon les cas particuliers qui se présentent et qui ne peuvent pas se cantonner dans une généralité trop arbitraire. 

Il faut alors faire intervenir la notion de légitimité, de ce qui est juste moralement, et non plus légalement. La justice se trouverait donc dans une composition entre la légalité et la légitimité, entre l’institutionnel de la loi et son fondement valide d’un point de vue moral.

REPÈRE. Bien distinguer ici le légal, ce qui découle des lois et donc du domaine du pouvoir judiciaire, du légitime, qui découle de principes moraux et du second sens du mot justice.

Attention tout de même car à séparer le légal du légitime, on risque ni plus ni moins que de justifier toute action, même la plus injuste. Hannah Arendt met bien cela en évidence dans son ouvrage Eichmann à Jérusalem : ce dernier a fait massacrer, sous le Troisième Reich, des milliers de Juifs, il a commandité leur mort, mais selon ses propres mots au tribunal, il n’a rien fait de mal puisqu’il s’est contenté d’obéir aux lois du Troisième Reich, servile fonctionnaire d’État. 

Argument ici du légalisme, du respect des lois. La “seule” chose qu’il a fait de mal et qui a conduit au génocide de milliers de personnes et à un crime contre l’humanité, ça a été précisément de ne pas désobéir à la loi, de n’avoir aucune notion de ce qu’il est légitime de faire ou non, malgré ce que le légal nous dit de faire. 

S’il y a un devoir d’obéissance aux lois, ce devoir s’écroule dès lors qu’une loi n’est plus légitime, on doit alors faire passer devant notre droit de résistance, de désobéissance civile, pour ne pas être injuste.

La désobéissance civile, cela consiste à ne pas obéir à la loi, à ce qu’on appelle le droit positif, lorsque l’on considère qu’ils sont injustes. Il s’agit alors d’obéir bien plutôt au droit naturel, à notre sentiment intérieur de justice. C’est Thoreau qui conceptualise cette notion de désobéissance civile dans un livre éponyme. 

Il s’agit du refus assumé et public de se soumettre à une loi, un règlement, une organisation ou un pouvoir jugé inique par ceux qui le contestent, tout en faisant de ce refus une arme de combat pacifique. Thoreau, à cet égard, refusa au XIXème siècle, de payer une taxe destinée à financer la guerre contre le Mexique, guerre qu’il ne cautionnait pas. 

Par la désobéissance civile, finalement, l’individu refuse d'être complice d'un pouvoir illégitime et d’y collaborer d’une quelconque façon que ce soit. C’est sa manière d’indiquer qu’il ne trouve pas cela juste et qu’il ne saurait s’y corrompre.

REPÈRE. Une nouvelle distinction ici, celle du droit positif, ce droit général du pouvoir judiciaire, de la légalité, de l’institution, et le droit naturel, le droit du sentiment subjectif et de la moralité.

La légalité définit-elle toute la justice ? Eh bien non. Non car la légitimité désigne un second sens fondamental de la justice. Non pas la loi, mais la justification de la loi, la justice au sens moral...

III. LA VRAIE JUSTICE AU-DELÀ DES LOIS : LA JUSTICE COMME VERTU – QUE LA VRAIE JUSTICE NE SERAIT PAS LÉGALE MAIS MORALE

A. La justice comme vertu et non comme obéissance à la loi

L’homme juste, c’est d’abord celui qui agit avec justice spontanément, sans contrainte, qui possède la vertu de justice, comme une seconde nature. 

Autrement dit, comme le montre le mythe de l’anneau de Gygès de Platon, et c’est d’ailleurs ce que le philosophe grec dit, pour être juste, il ne suffit pas d’obéir à une loi bêtement et par crainte des répercussions, mais spontanément, personnellement, gratuitement et de manière tout à fait désintéressée. La justice, dans l’Antiquité, fait d’ailleurs partie des vertus cardinales avec la tempérance, le courage et la sagesse.

B. La loi comme garantie d’une justice minimale

En réalité, nous aurions tous la capacité à être justes indépendamment des lois, mais la loi serait là pour stabiliser une notion de justice universelle, valable pour tous, pour garantir un moindre mal, une certaine forme de justice afin que nul ne pâtisse d’injustices si jamais certains individus se décidaient à ne pas être moraux.

C. Droit positif (lois, convention) et droit naturel (justice naturelle, morale)

Il existe donc bel et bien une justice naturelle, morale, au-delà de la justice de la loi et des conventions. En philosophie, c’est l’opposition déjà vue plus haut entre le droit positif, le droit issu des lois et des conventions, et le droit naturel, issu de nos devoirs moraux.

  • Droit positif -> lois -> légalité
  • Droit naturel -> morale -> devoir -> légitimité

Cette confrontation droit positif/droit naturel, c’est souvent le mythe d’Antigone, par Sophocle, qui la fonde. Rappelons ce mythe d’Antigone : Athènes est dirigé par l’oncle d’Antigone, Créon ; la loi de la cité impose qu’un criminel envers la patrie n’ait pas de sépulture à sa mort ; les deux frères d’Antigone s’entretuent, l’un des deux n’a pas de sépulture, étant considéré par Créon comme criminel envers la patrie ; Antigone refuse d’obéir aux lois et enterre son frère ; elle est punie pour désobéissance aux lois, et voici ce qu’elle dira à son oncle :

« J’ai désobéi à la loi car ce n’était pas la justice et je ne pensais pas que tes décrets à toi fussent assez puissants pour permettre à un mortel de passer outre d’autres lois, des lois non écrites, inébranlables, qui ne datent pas d’aujourd’hui, ni d’hier, et dont on ne sait le jour où elles ont paru »

Antigone oppose ainsi aux lois qu’ont fait les hommes, aux lois conventionnelles donc, des lois qui s’imposent à nous si l’on sait écouter la voix de notre conscience, des lois naturelles. C’est l’opposition ici du légal et du moral, du droit objectif et du droit naturel, de la justice institutionnelle et de la justice morale.

Il y a d’ailleurs un grand débat dans l’histoire de la philosophie pour savoir si la justice nous est naturelle, d’ordre moral, et innée en nous, ou si elle nous est imposée de l’extérieur, si elle est conventionnelle, d’ordre légal, acquise. Pour la plupart des philosophes antiques, la justice est avant tout morale. 

Nul besoin de contrat selon eux pour être justes, comme le dit très bien Aristote dans la Rhétorique : « il existe une justice et une injustice dont tous les hommes ont comme la divination et dont le sentiment leur est naturel et commun, même quand il n’existe entre eux aucune communauté ni contrat ». 

D’autres philosophes ensuite, comme Rousseau avec l’idée de « bonté naturelle » et Kant avec la « loi morale », notamment, ont défendu cette idée selon laquelle ce n’est pas les conventions humaines qui décident du juste ou de l’injuste, puisque la justice est naturelle. C’est donc tout un courant philosophique qui défend cette idée, on appelle ce courant le jusnaturalisme

Pour les défenseurs du droit naturel, la justice n’est pas issue des lois, elle est au contraire ce que les lois doivent respecter pour être justes. La justice morale existe bien avant qu’elle soit normée par le droit.

Le jusnaturalisme entre donc en opposition avec le conventionnalisme juridique qui voit dans l’institution le fondement du droit.

REPÈRE. Le jusnaturalisme c’est la théorie selon laquelle la justice existe naturellement comme vertu en l’homme, idée selon laquelle ce n’est pas le droit institutio nnel qui fonde la justice, préexistante avant, naturellement.

Nous voyons donc ici à quel point, un être juste apparaît comme un être décidant par lui-même, en toute autonomie, d’être juste, par devoir moral, par souci de légitimité. Pour être juste, il faut donc sans doute être vertueux et ne pas se contenter d’obéir aveuglément aux lois, au droit, au légal. Parce que la justice, avant d’être une institution obligeant ceux qui ne sont pas vertueux à être juste un minimum, est une vertu.

Conclusion

Le rapport entre la justice et les lois est finalement assez simple : soit les lois contiennent en elle la justice et la fondent, soit la justice existe indépendamment. La notion de justice est double et dans toute réflexion sur la justice il faut travailler et discuter ce double aspect du légal contre moral, de l’institution et des lois contre la conscience morale. 

Nous l’avons vu, le légal, les lois, ne sauraient à eux-seuls épuiser la notion de justice. La plus grande justice est d’ordre moral et c’est ce qui permet d’ailleurs de s’indigner face à des lois iniques et injustes.

LE PETIT + DANS TA COPIE

Lorsque tu dissertes sur la justice, tu dois absolument faire part des deux grandes théories de la justice qui s’opposent, la justice convention/la justice naturelle, et prendre parti sans ne faire qu’opposer l’une à l’autre.

Te forger un avis sur la question te permettra de réellement fournir un raisonnement personnel et de ne pas tomber dans l’exposé ou la récitation de cours en opposant superficiellement des théories, ce qui empêche l’exercice même de la dissertation.

POUR ALLER PLUS LOIN …

Lire en entier les deux mythes cités dans ce cours, celui de l’anneau de Gygès de Platon, que tu trouveras dans son livre La République, et le mythe d’Antigone de Sophocle. Ces deux mythes sont très faciles d’accès et permettent de comprendre, par une histoire toute simple, les notions de justice par contrainte, de droit naturel et de droit positif.

Fin de l'extrait

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