Explication de texte : Humain, trop humain, Nietzsche - Philosophie - Terminale STMG

Explication de texte : Humain, trop humain, Nietzsche - Philosophie - Terminale STMG

digiSchool Bac STMG met à votre disposition cette correction d'explication de texte de Nietzsche, Humain, trop humain.

Ce texte de Nietzsche traite de la vérité. Grâce à cette correction, vous pourrez facilement comprendre comment faire une explication de texte en philosophie.

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Explication de texte : Humain, trop humain, Nietzsche - Philosophie - Terminale STMG

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D’où vient donc cette croyance qu’il n’y a de génie que chez l’artiste, l’orateur et le philosophe ? qu’eux seuls ont une « intuition » ? (Mot par lequel on leur attribue une sorte de lorgnette merveilleuse avec laquelle ils voient directement dans l’« être » !). Les hommes ne parlent intentionnellement de génie que là où les effets de la grande intelligence leur sont le plus agréables et où ils ne veulent pas d’autre part éprouver d’envie. Nommer quelqu’un « divin » c’est dire : « ici nous n’avons pas à rivaliser ». En outre : tout ce qui est fini, parfait, excite l’étonnement, tout ce qui est en train de se faire est déprécier. Or personne ne peut voir dans l’œuvre de l’artiste comment elle s’est faite ; c’est son avantage, car partout où l’on peut assister à la formation, on est un peu refroidi. L’art achevé de l’expression écarte toute idée de devenir ; il s’impose tyranniquement comme une perfection actuelle. Voilà pourquoi ce sont surtout les artistes de l’expression qui passent pour géniaux, et non les hommes de science. En réalité cette appréciation et cette dépréciation ne sont qu’un enfantillage de la raison. 

Friedrich Nietzsche, Humain, trop humain (1978)


La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question. 


Présentation

Texte de Friedrich Nietzsche, philosophe allemand de la fin du XIXe siècle. 

L’auteur tente, à travers une réflexion sur la notion de génie, de repenser les rapports qui peuvent exister entre les différentes disciplines concernées par l’acte de création. 

Une fois la structure du texte identifiée, sa compréhension ne pose pas véritable problème. 


Introduction

Dans ce texte, extrait de l’ouvrage Humain, trop humain, le philosophe Friedrich Nietzsche s’intéresse à la notion de génie, et à travers elle, aux distinctions que l’opinion opère entre les différentes disciplines impliquées dans la création. 

Pour Nietzsche, si l’homme à tendance à attribuer plus volontiers aux orateurs, aux philosophes, et plus exclusivement encore aux artistes, le titre de génie, ce n’est pas parce que l’entreprise de ceux-ci se distingue de celle des autres créateurs, mais simplement par vanité ou orgueil, ou encore parce que leurs procédés de création sont moins apparents. 

L’intérêt de ce texte est de ne pas déprécier, aux profits des autres, jugées peut-être plus impressionnantes et divertissantes, les créations d’ordres plus techniques et ordinaires, dont les enjeux ne sont pas moins importants. 

La réflexion de l’auteur s’articule en trois temps. D’abord, il présente le problème sous la forme d’une question, en s’attaquant au mythe du génie. Dans un second temps, il donne des raisons pour lesquelles ce mythe existe. Enfin, à l’appui de ces exemples, il conclut son raisonnement en répondant à la question de départ. 


Première partie

« D’où vient donc cette croyance qu’il n’y a de génie que chez l’artiste, l’orateur et le philosophe ? […] »

L’auteur formule sa problématique. Le statut de génie, de manière générale, est attribué qu’à certains domaines particuliers – en l’occurrence aux artistes, aux philosophes et aux praticiens de l’art oratoire. Ce qu’il faut comprendre ici, c’est que toute forme de génie semble par conséquent absente des autres domaines, pourtant concernés par la création. Dans quelle mesure le technicien ou encore l’artisan ne peut faire preuve de génie ? Qu’est-ce qui distingue les premiers cités de ces derniers ? 


« […] qu’eux seuls ont une « intuition » ? (Mot par lequel on leur attribue une sorte de lorgnette merveilleuse avec laquelle ils voient directement dans l’« être » !) »

Il s’agit ici d’explorer et de réfléchir à la notion de génie, qui pour Nietzsche relève d’une sorte de mythe. Le génie, donc, se traduirait par une forme « d’intuition » singulière. Si le terme paraît flou, c’est justement que sa définition l’est quelque peu – Nietzsche dénonce aussi, au passage, l’usage même du terme. Ainsi le génie serait capable, du fait d’une capacité merveilleuse, surnaturelle, dont la possession le distinguerait des autres non-génies, « de voir directement dans l’être », autrement dit de voir les choses comme elles sont, et non comme elles se présentent naturellement à l’homme, c’est-à-dire dénaturées par la voile d’une apparence trompeuse. Mais alors qu’est-ce qui peut expliquer que le mythe existe ? que l’orateur, le philosophe et l’artiste puisse générer à travers leurs créations ce type d’interprétation ? 


Deuxième partie

Il s’agit alors pour Nietzsche de déconstruire le mythe. Pour cela, il donne trois arguments : 

« Les hommes ne parlent intentionnellement de génie que là où les effets de la grande intelligence leur sont le plus agréables […] »

Comme le précise Nietzsche, ce n’est pas tant l’intelligence qui pousse à crier au génie, mais ses effets. Lesquels ? Autrement dit dans quels cas ? En premier lieu lorsque ceux-ci nous sont agréables. On peut songer ici aux artistes, dont l’immense talent, la créativité et la dextérité produisent des œuvres magnifiques et divertissantes. C’est ce sentiment singulier, le bien-être qui l’accompagne qui place le responsable de sa manifestation au-dessus des autres.


« […] et où ils ne veulent pas d’autre part éprouver d’envie »

En second lieu, la démonstration d’une grande intelligence, on peut le comprendre, place le public dans une situation d’infériorité : elle traduit le fait celui qui en fait montre est supérieur à lui, qui inversement se sent incapable de produire ou reproduire la même chose. Mais en est-il réellement incapable, potentiellement incapable, ou est-ce une manière de s’excuser d’un effort qu’il ne veut tout simplement pas faire ? C’est ce que précise Nietzsche, en choisissant bien ses mots :

« Nommer quelqu’un « divin » c’est dire : « ici nous n’avons pas à rivaliser ». »

Ce qu’explique l’auteur, c’est donc que faire appel à la notion de génie d’une part disculpe le public de son incapacité à réaliser ce que réalise le prétendu génie (« c’est un génie, il est donc normal que je n’en sois moi-même pas capable »), mais aussi d’autre part, dévalue du même coup l’individu en question : en effet, si c’est un génie, il n’est pas complètement responsable de la qualité ou de la grandeur de ses créations. D’où la référence au « divin », qui renvoie à l’idée de capacités supérieures, transcendantes, qui échappent au commun des mortels. Mais dire « nous n’avons pas à rivaliser », ce n’est pas la même chose que dire « nous ne pouvons pas rivaliser » : Ce que Nietzsche veut montrer, c’est bien la vanité du public face à des individus qui font seulement plus d’efforts que les autres. 


« En outre : tout ce qui est fini, parfait, excite l’étonnement, tout ce qui est en train de se faire est déprécier. Or personne ne peut voir dans l’œuvre de l’artiste comment elle s’est faite ; c’est son avantage, car partout où l’on peut assister à la formation, on est un peu refroidi. L’art achevé de l’expression écarte toute idée de devenir ; il s’impose tyranniquement comme une perfection actuelle. »

C’est le troisième et dernier argument avancé par Nietzsche. Devant un produit/projet fini, les règles, les procédés et les étapes de sa conception nous sont inconnus. C’est tout particulièrement le cas des productions inédites, singulières comme les œuvres d’art. Or, cette part d’inconnu, qui s’accompagne d’un mystère, suppose assez naturellement l’existence de capacités qui nous échappent, et par là, génère une certaine admiration. Prendre connaissance de ce mystère, comme on le ferait avec un tour de magie, diminue fortement l’ampleur de la chose. On est finalement plus impressionné par un tableau de maître, dont on ignore les processus de création, que par la vision, pourtant fortement impressionnante, d’une œuvre d’architecture monumentale. La raison étant que l’on peut voir l’immeuble, ou l’église se construire petit à petit. Il y a, comme l’écrit Nietzsche, une perfection dans l’immédiateté de la représentation de l’œuvre d’art, qui fait oublier une conception pourtant très humaine et laborieuse. 


Troisième partie

« Voilà pourquoi ce sont surtout les artistes de l’expression qui passent pour géniaux, et non les hommes de science »

Il s’agit ici pour Nietzsche, une fois ces arguments déployés, de conclure. Si les artistes passent pour des génies, davantage que les hommes de science, c’est d’une part parce que leurs créations procurent plus de plaisir, d’autre part parce qu’on ne demande rien à l’artiste, qui n’a aucune contrainte dans son travail, sinon de présenter des œuvres finies. L’homme de science se doit de démontrer ses propos, de les justifier, d’apporter des preuves, d’expliquer les étapes de ses raisonnements ; ce qui, nécessairement, diminue la portée de son travail en le rendant d’une certaine façon accessible à tous. 


« En réalité cette appréciation et cette dépréciation ne sont qu’un enfantillage de la raison »

Mais précisément, en démontant le mythe du génie, Nietzsche montre que tout cela relève d’une erreur : volontaire ou involontaire, très (trop) humaine finalement. Il n’y a pas lieu de distinguer les productions humaines, dans le sens où elles prennent racines dans des processus d’élaboration identiques, et partagent au fond les mêmes intentions. 

Cependant, les conséquences de ce problème ne sont pas négligeables. D’une part, cela entraine une dépréciation illégitime de certaines créations. D’autre part, le recours au mythe du génie démotive l’homme d’entreprendre les efforts nécessaires à la réalisation de grandes choses, en les réservant, de manière illusoire, à une partie de la population touchée par la grâce. 

Fin de l'extrait

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