Dissertation : Le bonheur est-il possible ? - Philosophie - Terminale STMG

Dissertation : Le bonheur est-il possible ? - Philosophie - Terminale STMG

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Le sujet de cette dissertation est : Le bonheur est-il possible ? Cela porte donc sur la notion de Philosophie ; le bonheur. Vous retrouverez ici des éléments de correction pour répondre à cette problématique.

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Dissertation : Le bonheur est-il possible ? - Philosophie - Terminale STMG

Le contenu du document

 

Introduction

L’étymologie

 

L’étymologie du mot “bonheur” indique qu’il s’agirait de quelque chose d’aléatoire, d’hasardeux, qu’il serait donc possible, mais sans qu’il dépende de nous. En effet,  “bonheur” vient du latin “bonum augurum”, “augurum” signifiant “chance”, “opportunité”, “bon augure”.

 

Un  problème surgit alors : si le bonheur est si hasardeux, pourquoi tout homme le cherche malgré tout ? Pourquoi voulons-nous tous être heureux. Autrement dit, en langage philosophique, pourquoi le bonheur est-il une quête universelle (= qui vaut pour tous)?

 

Définition du bonheur

 

La définition stricte du bonheur est la suivante : état de contentement ou de satisfaction continu.

 

Le bonheur est donc quelque chose de durable, et c’est cette durée qui est problématique, car il y a des circonstances, des moments plus ou moins importants de notre vie, plus ou moins durs.

 

La solution serait alors de tout faire pour avoir la force d’être heureux malgré tout. C’est ce que revendiquent les Stoïciens (nous le verrons), et c’est ainsi que l’on peut comprendre la citation de Nietzsche : « Ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts ». 

 

Synonymes et mots proches

 

= félicité, béatitude, satisfaction continue.

 

≠ joie, plaisir, bien-être, qui ne sont pas continus mais ponctuels.

 

Y a-t-il une prédétermination au bonheur ?

 

(Ce qui le rendrait possible pour certains, moins pour d’autres)

 

Si l’on parle de “prédétermination” au bonheur, la question devient donc la suivante : y-a-t-il des facteurs (= causes, sources, raisons) du bonheur qui nous échapperaient, et donc des individus plus ou moins dotés par nature d’un potentiel de bonheur ? Autrement dit, naît-on avec des prédispositions variables quant au bonheur et au malheur ? Jusqu’à quel point est-il possible de modifier nos traits de caractère et d’engendrer par nous-mêmes notre bonheur ?

 

Un des enjeux est le suivant et a trait au couple d’opposés “nature” / “culture” : dans quelle mesure le bonheur est naturel et dans quelle mesure est-il culturel ? Si nous sommes prédéterminés, est-ce naturellement ou culturellement ? Et jusqu’à quel point ?

 

Nous allons partir du tableau suivant, qui synthétise à lui seul des centaines d’enquêtes quant au bonheur et qui présente les différents facteurs du bonheur :

 

le-bonheur-dissertation-philosophie-terminale

 

Que nous dit ce tableau ?


1) que nous avons une prédisposition génétique à être heureux ou malheureux, 50% de la tendance au bonheur pouvant être attribué aux gênes, donc à l’hérédité. L’existence de ce facteur a été démontrée par des recherches sur des jumeaux ou des individus observés avant et après des traumatismes ou des évènements positifs significatifs. Il s’est révélé que ce facteur s’avère fixé, stable sur la durée et insensibles aux influences. Donc, le niveau initial de bonheur d’un individu se trouve déterminé par sa dotation génétique et est inchangeable. Pour moitié, l’individu se trouve ainsi prédéterminé à être réceptif au bonheur selon des degrés bel et bien divers et respectifs à chacun.

 

2) les circonstances n’ont qu’une influence mineure puisqu’elles expliquent le bonheur d’un individu pour 10% environ. Elles regroupent les événements et incidents relativement stables dans la vie d’un individu, comme le lieu de vie (nation, géographie, région, culture du pays), les critères sociodémographiques (âge, genre, ethnie) ; l’histoire personnelle (traumas, succès passés, etc.) ; et le statut (conjugal, financier, professionnel, religieux, de santé).

 

3) pour 40% environ, nous pouvons échapper à la détermination naturelle et influencer considérablement notre “taux” de bonheur par notre manière d’être et de penser, par la façon dont on perçoit les événements de l’existence, et par nos réactions et actions en conséquence, nos “activités volontaires”. En somme, par notre caractère optimiste ou pessimiste.

 

Heureusement qu’il y a ces 40%, a-t-on envie de dire, car si la faculté d’être heureux était invariable et ne dépendait en aucun cas de nous, si nous étions de simples marionnettes soit de bonheur soit de malheur, selon nos origines et nos gênes, étudier le phénomène du bonheur n’aurait plus aucun sens en philosophie. La philosophie étant là, rappelons-le, pour chercher par la réflexion, un sens ou des réponses à ce que la science exacte ne peut nous en dire. 

 

La réponse d’Épicure

 

Pour Épicure, le bonheur est possible mais il ne va pas de soi, car les hommes par nature ont peur de certaines choses. La quête du bonheur se fera donc en oubliant ces peurs. Ainsi Épicure écrit-il ceci :

 

« Le “quadruple remède” :

Les dieux ne sont pas à craindre,

La mort n’est pas à craindre,

On peut atteindre le bonheur,

On peut supprimer la douleur. »

 

Conclusion de la Lettre à Ménécée.

 

Cela signifie que le bonheur se pense comme le résultat d’un remède contre le malheur, dû à ces quatre réalités que sont les Dieux, la mort, le bonheur non évident et la doleur,  dont il constate qu’elles provoquent en l’homme malheur, angoisse, désespoir, et l’empêchent à tort d’être heureux.

 

Les Dieux

 

Épicure nous démontre que les dieux ne sauraient avoir une incidence, une influence, un quelconque impact sur la vie d’un homme, quel qu’il soit.

 

L’idée d’Épicure est surtout que les Dieux et les hommes n’appartiennent pas au même monde, les premiers étant immortels et les seconds mortels, et ne peuvent donc en aucun cas être en relation. Les dieux ne peuvent rien sur nous, nous étant totalement étrangers et indifférents. Par conséquent, Épicure peut soutenir qu’ « il ne faut pas craindre les Dieux ».

 

La mort

 

« Maintenant, habitue-toi à la pensée que la mort n’est rien pour nous, puisqu’il n’y a de bien et de mal que dans la sensation et que la mort est absence de sensation. […] Il faut donc être sot pour dire avoir peur de la mort, non pas parce qu’on souffrira quand elle arrivera, mais parce qu’on souffre du fait qu’elle doive arriver. [...] Ainsi, le mal qui nous effraie le plus, la mort, n’est rien pour nous, puisque lorsque nous existons la mort n’est pas là et lorsque la mort est là nous n’existons pas. »

 

Tout comme il ne doit pas craindre les Dieux, l’homme ne doit pas craindre la mort, puisque nous ne nous y confronterons jamais, nous dit Épicure. De ce fait, l'homme ne doit plus craindre la mort comme il l'a toujours fait, mais ne pas y penser puisqu'il ne pourra jamais la côtoyer et encore moins la sentir, la sensation n’étant que dans la vie.

 

La douleur

 

Pour Épicure on souffre davantage de l'anticipation de la douleur que de la douleur elle-même. De plus il ne faut pas craindre la douleur : soit elle est très vive, mais rapide ; ou bien très vive et demeure, auquel cas la mort n'est pas loin donc on en sera vite débarrassé ; soit enfin la douleur est chronique, auquel cas elle devient supportable en ce qu'on s'y habitue.

 

Les désirs

 

Épicure effectue une tripartition des désirs, un classement en trois catégories, qui rend le bonheur atteignable. Ces trois catégories sont les suivantes :

 

1. désirs vains, qui ne doivent pas être satisfaits, sous peine de causer des malheurs inutilement puisqu’ils ne servent à rien ;

 

2. désirs naturels, qui ne sont ni vains ni nécessaires mais présents ;

 

3. désirs naturels et nécessaires, qui doivent être satisfaits modérément pour ne pas créer de manque et donc ensuite de malheurs.

 

En quoi cette tripartition des désirs est un chemin vers le bonheur ? Parce qu’au travers de cette distinction, Épicure somme l’individu de faire un “calcul des plaisirs”. En quoi cela consiste-t-il ? À utiliser sa raison pour savoir s’il est bon ou non de résister à un désir. Il faut résister au désir si cette résistance prévient un plus grand mal qui pourrait survenir ultérieurement, suite à la satisfaction de ce désir, notamment le manque.

 

La réponse du stoïcisme

 

L’ « Amor fati »

 

Une anecdote reflète bien ce qu’évoque le stoïcisme. Celle du stoïcien Épictète, qui était un esclave vendu à un maître tyrannique. Selon la légende, il frappa un jour Epictète si violemment que celui-ci le prévint : « si tu continues, elle va casser ». Le maître finit par lui briser la jambe et Épictète, sans sourciller aurait simplement répondu : « tu vois, tu y es parvenu » ! Cette anecdote donne un aperçu du caractère “stoïque” de notre esclave stoïcien. “Stoïque” signifiant “impassible”.

 

Et  c’est cette impassibilité, cette acceptation de ce qui advient, qui fonde le bonheur tel que les Stoïciens l’entendent. Le bonheur des Stoïciens se trouve résumé par l’Amor fati, “l’amour de sa destinée”, quelle qu’elle soit, et par l’idée selon laquelle on ne peut focaliser son humeur sur ce qui ne dépend pas de nous (or le destin ne dépendant pas de nous, mieux vaut s’y conformer qu’essayer de le changer...).

 

Mais comment le stoïcisme en arrive-t-il à l’idée d’Amor fati ? Comment en arrive-t-il à faire du jugement d’un individu une force dépassant les événements, les aléas, les pires maux et malheurs ? 

 

Le destin : entre nécessité et Providence

 

Chez les Stoïciens, il n’y pas de fortune. Le bonheur n’est donc pas à glaner au “petit bonheur la chance”. Parce que le destin se trouve régi par une providence divine, il va de soi que cette providence ne peut que faire bien les choses (ce serait contraire à Dieu que de faire le mal…), ainsi les stoïciens jugent que le monde est bon, globalement et dans ses parties. Du coup, lorsqu'une combinaison d'éléments a sur nous un effet destructeur, chacun reste bon et aimable. Exemple : le vent, le bateau, la mer, le pilote… tout est bon. Et si survient un naufrage, il faut s'abstenir de juger ce qui ne dépend pas de nous (à savoir le monde auquel on appartient et qui nous entoure) et se souvenir que chacun des éléments entrant dans la composition du naufrage est bon en lui-même... puisqu’il fait partie du tout providentiel.

 

Pas de surprise, pas de hasard, le monde est fait tel qu’il doit être, donc aucune injustice n’est au fond injuste.

 

Mais comment être heureux en étant comme prisonnier ? Comment être libre en étant soumis à une nécessité ? Comme le rappellent sans cesse les Stoïciens, il est plus facile de « conformer nous-mêmes notre volonté aux événements » que de « changer le fond des choses » car « cela ne nous est pas donné » (Épictète, Entretiens, I 12 §17). On comprend par là même que la seule condition pour être heureux est d’accepter la nécessité à laquelle nous sommes soumis et de ne pas la voir comme une prison, mais précisément comme la seule manière d’arriver au bonheur.

 

Ce qui dépend de nous / ce qui ne dépend pas de nous

 

Le malheur a pour cause l'erreur qui consiste à vouloir être maître en dehors de notre champ d’action possible. Chose que les Stoïciens corrigent en inculquant qu’il faut que notre volonté ne donne son assentiment qu'à des jugements sur ce qui dépend de nous et qu’elle s’abstienne de juger ce qui ne dépend pas de nous.

 

Ce qui ne dépend pas de nous comprend le corps, la richesse, les honneurs, tout ce qui n’est pas notre œuvre propre ou celle de notre volonté. Ce sont là choses fragiles, dépendantes, sujettes aux entraves, et totalement étrangères. Tandis que ce qui dépend de nous est par nature libre, au-dessus de tout empêchement ou obstacle : opinion, tendance, désir, aversion, ne peuvent nous aliéner, échappant à l’emprise d’autrui. Devant un accident, un deuil, toujours se rappeler que :

 

« Ce qui meurtrit cet homme, ce n’est pas l’événement, mais le jugement qu’il porte sur cet événement. »

 

(Épictète, Manuel, c.16)

 

L’événement est donc un simple fait de nécessité, et plus un événement traumatique qui doit nous affecter, puisqu’il ne dépend pas de nous.

 

Les Stoïciens construisent ainsi une formule du bonheur comme évitement du malheur.

 

La réponse de Kant

 

Le bonheur est un idéal de l’imagination

 

Kant effectue une critique du bonheur. Pour Kant, le bonheur est un concept si indéterminé qu’il est impossible à un être humain de savoir ce qui ferait son propre bonheur. Car le bonheur « est un idéal de l’imagination ».


« Le concept du bonheur est un concept si indéterminé, que, malgré le désir qu’a tout homme d’arriver à être heureux, personne ne peut jamais dire en termes précis et cohérents ce que véritablement il désir et il veut. La raison en est que tous les éléments qui font partie du concept du bonheur sont dans leur ensemble empirique, c’est-à-dire qu’ils doivent être empruntés à l’expérience. [...] Or, il est impossible qu’un être fini, si perspicace et en même temps si puissant qu’on le suppose, se fasse un concept déterminé de ce qu’il veut ici vraiment. [...] Il est incapable de déterminer avec une entière certitude d’après quelque principe ce qui le rendrait véritablement heureux [...]. Le problème qui consiste à déterminer d’une façon sûre et générale quelle action peut favoriser le bonheur d’un être raisonnable est un problème tout à fait insoluble  il n’y a donc pas à cet égard d’impératif qui puisse commander, au sens strict du mot, de faire ce qui rend heureux, parce que le bonheur est un idéal, non de la raison, mais de l’imagination. »

 

(Fondements de la métaphysique des mœurs)

 

Autrement dit, le bonheur pour Kant recouvre plus un idéal qu’une réalité. Tout le monde s’accorde à y voir une aspiration fondamentale de l’homme, mais on ne parvient pas à en déterminer un contenu universel (valable pour tous) car chacun l’imagine au gré de ses désirs et de ses espoirs. Dit en vocabulaire kantien, le bonheur obéit à des motivations empiriques (issues de l’expérience) rebelle par nature à toute universalisation. Le bonheur n’est qu’un idéal de l’imagination : il reflète la tendance de l’homme à penser la perfection dans ce qui n’est pas la réalité mais aussi son impuissance à l’incarner dans une forme qui le satisferait pleinement.

Fin de l'extrait

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