Corrigé Sujet 1 Philosophie - Bac STMG Polynésie 2016

Corrigé Sujet 1 Philosophie - Bac STMG Polynésie 2016

Nous vous invitons à consuler le corrigé du sujet 1 de philosophie du Bac STMG de Polynésie 2016.

Cette correction est valable pour toutes les séries technologiques. "Puis-je perdre ma liberté de penser ?" est le premier sujet de l'épreuve de Philosophie du Bac STMG de Polynésie 2016. Notre professeur présente et analyse rapidement le sujet avant de vous proposer un plan de développement valable pour répondre à cette problématique.

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Corrigé Sujet 1 Philosophie - Bac STMG Polynésie 2016

Le contenu du document



PUIS-JE PERDRE MA LIBERTE DE PENSER ?

Notion en jeu : la liberté.


AVANT-PROPOS

Il est avant tout primordial de comprendre que ces éléments de corrigé ne constituent en aucun cas un “corrigé type”, mais seulement des exemples de traitement possible de ce sujet de dissertation. 

En philosophie la démarche de pensée individuelle et la logique de l’argumentation est ce qui rendra un travail bon le jour de l’épreuve. 

Il n’y a pas un plan possible mais plusieurs. Ce corrigé se veut donc avant tout une explication du sujet et de ses attentes, et non un corrigé type comme on pourrait en trouver en sciences dures : mathématiques…


PRESENTATION DU SUJET

Ce sujet, « Puis-je perdre ma liberté de penser ? », a trait à une notion classique du programme de terminale techno, la liberté. Il va s’agir ici de se questionner sur notre liberté sans doute la plus fondamentale, qui ne dépend a priori que de nous, de notre for intérieur : la liberté de penser. Comment pourrait-on donc en venir à la perdre ? Est-ce possible ? Telle est la question.

Ce sujet est donc à portée morale : il questionne quant à notre liberté a priori la plus pure, la plus intime, la moins à même d’être contrainte par l’extérieur : notre liberté de penser.


ANALYSE DU SUJET

Ce travail d’analyse correspond à ce que vous devez faire au brouillon pour vous approprier le sujet dans toute sa dimension. Ce travail est absolument indispensable pour vous permettre de cibler le sujet et de ne pas faire de hors-sujet.


DEFINITION DES TERMES

• puis-je : le verbe “pouvoir” a trois sens : 1) la capacité, 2) la légalité / le droit, 3) la légitimité / la morale. Il s’agit donc de se demander ce que l’on peut faire à ces trois niveaux.

• perdre : perdre, c’est se faire retirer ou ne plus avoir quelque chose que l’on possédait jusqu’alors. Il s’agit donc d’un manque.

• ma : possessif, qui désigne quelque chose qui m’appartient. C’est d’abord le verbe “avoir” qui prime, et non pas le verbe “être”.

• liberté (de penser) : la liberté désigne la capacité à agir en conformité avec soi-même sans que rien ni quiconque n’interfère. La liberté consiste à mettre en pratique ses désirs ou ses volontés, donc finalement à se réaliser soi-même. Tout ce qui peut s’interposer entre moi et mes actes (physiquement, moralement, juridiquement, etc.) est vécu comme un obstacle à ma liberté, comme une contrainte gênante. Il y a toutefois divers degrés de la liberté : toute-puissance de la volonté, indépendance, autonomie, etc. dont la liberté de penser qui a priori ne peut être contrainte, notre pensée nous étant propre, étant notre for intérieur, dépendant a priori de nous seuls.


MISE EN TENSION DU SUJET ET PROBLEMATISATION

Mettre en tension le sujet, c’est trouver deux réponses qui font faire un grand écart au sujet, qui le tirent dans un sens et dans l’autre comme on peut étirer un élastique vers deux extrémités. Sans mettre en tension le sujet, on ne peut pas le problématiser, c’est-à-dire voir le problème sous-jacent au sujet, le problème que pose la question même du sujet. Et si on ne voit pas ce problème, on se contente de répondre à la question posée, ou de reformuler le sujet, mais sans le problématiser. Alors on ne répond pas aux attentes de la dissertation de philosophie, qui suppose une aptitude à problématiser.


Pour mettre en tension le sujet, on va proposer deux réponses a priori opposées, l’une évidente, qui nous vient à l’esprit le plus spontanément, l’autre qui vient la réfuter ou en montrer les limites.

• sujet : puis-je perdre ma liberté de penser ? 

• réponse évidente :  non, a priori il semble impossible que je puisse perdre ma liberté de penser, celle-ci étant la dernière liberté qu’il nous reste quand toutes les autres font défaut. L’esclave par exemple n’est libre de rien, sauf de penser. Pourquoi ? Parce que la pensée est intérieure et ne dépend sans doute que de nous.

• réponse opposée, qui réfute la première réponse, ou en montre les limites : pourtant, qui me dit que cette liberté de penser est forcément imperméable à l’extérieur ? Si je me fais influencer, si je suis déterminé dans ma manière de penser, est-ce que je ne perds pas ma liberté de penser, malgré tout ?


↳ La tension est ici sensible : soit il est possible que je perde ma liberté de penser, soit cela n’est pas possible.


Cela amène alors la problématique : s’il n’est pas possible que je perde ma liberté de penser, c’est qu’elle me serait entièrement connaturelle et constitutive, et qu’en somme je ne pourrais la perdre qu’en me perdant moi-même ou qu’en sortant de ce monde. Mais est-il si évident que cela que ma liberté de penser soit de l’ordre de l’inné et de l’absolu ? N’est-elle pas une liberté comme les autres, sans cesse à construire et à protéger ? Pourquoi donc serait-elle différente des autres ? N’est-elle pas à gagner sans cesse plutôt qu’à peut-être perdre un jour ?


PROPOSITION DE PLAN

I. Non, il ne semble pas que je puisse perdre ma liberté de penser

1. Penser, le propre de l’homme

L’homme se définit comme étant un être de raison, par opposition à l’animal. Or par nature, un être de raison pense, ne peut même s’en empêcher. C’est là ce qui fonde d’ailleurs sa radicale différence d’avec l’animal, qui ne pouvant penser, est sans cesse soumis à la nature et au monde qui l’entoure. L’homme au contraire gagne sa première liberté par sa faculté de penser, de se détacher de son environnement, de prendre de la distance et du recul par rapport à ce dernier. Et parce que c’est quelque chose de naturel à l’homme, il ne semble pas possible pour ce dernier de perdre sa liberté de penser, à moins de perdre sa raison et son cerveau.


2. La première et la dernière de nos libertés

« Vous pouvez tout me prendre, mais vous n’aurez pas ma liberté de penser », clamait il y a quelques temps sur toutes les ondes un chanteur de variété française. Loin de faire de la philosophie, le chanteur en question n’en dictait pas moins une vérité : la liberté de penser semble être la seule vérité à rester quand nous n’en avons plus d’autres. L’esclave, qui est privé de tous droits, a le droit de penser ce qu’il veut car nul ne peut l’en empêcher (on peut seulement l’empêcher de s’exprimer). Le prisonnier qui n’a aucune liberté de mouvement, a une liberté de penser, et les livres lui sont d’ailleurs autorisés. La liberté de penser équivaut en un certain sens à notre vie intérieure, infinie et illimitée, que nul a priori ne pourrait contraindre. Cf. Sartre, L’être et le néant, la liberté de penser est absolue et fonde les autres : parce que je peux toujours en pensée me révolter contre ma situation, je peux me révolter pour être en adéquation avec mes pensées et je suis alors fondamentalement libre de tout, jusqu’à me suicider pour prouver mon entière liberté face à un sort que je ne maîtrise pas.


↳ La liberté de penser semble donc être la première et la dernière de nos libertés, si fondamentale, si naturelle, que non, a priori je ne peux pas la perdre.


II.  Et pourtant, la liberté de penser n’est pas aussi évidente que cela et peut davantage être contrariée que ce que l’on peut imaginer de prime abord

1. Annihiler toutes les libertés pour attenter à la liberté de penser

Le matraquage psychologique permanent, récurrent et intentionnel peut attenter à la liberté de penser individuelle. Cf. les auteurs de science-fiction qui écrivent précisément par peur de lavages de cerveau, de lobotomisation. Cf. Hannah Arendt, qui, dans Eichmann à Jérusalem explique comment Eichmann, en obéissant aux règles de sa fonction, qu’on lui matraquait jour après jour, 24h sur 24, minute après minute, finit par intérioriser des règles qui n’étaient pas les siennes, par obéir de manière automatique en ne prenant plus de recul, en ne pesant plus le pour et le contre, en ne pensant plus. Cf. Primo Levi dans Si c’est un homme, qui explique qu’à force d’être traités de manières inhumaines, au point de n’avoir plus de prénom mais de n’être que des numéros, dénués d’identité, de pudeur, de considération, les prisonniers en arrivaient au danger ultime de ne plus avoir la force de se révolter intérieurement, ce qui était alors un suicide intérieur...


2. Penser ne dépend pas que de moi

Ceci étant possible pour une seule et unique raison : notre liberté de penser, considérée comme un acquis métaphysique et inné, quelque chose qu’on aurait dès notre naissance, n’existe pas de manière aussi évidente et absolue. En effet, notre pensée est un jeu perpétuel de notre intérieur et de l’extérieur, du moi et d’autrui, du for intérieur et de ce qui nous entoure. Penser, ce n’est jamais agir tout à fait librement, c’est toujours dans une certaine mesure être déterminé. Cf. Aristote, Métaphysique livre I : on ne peut penser qu’à partir de ce dont on a hérité et qui constitue la base de pensée de nos ancêtres. Cf. Durkheim, Les règles de la méthode sociologique, on s’imagine être libre dans nos choix moraux, dans nos pensées les plus profondes, mais nous ne faisons qu’exprimer des règles sociétales que nous avons intériorisées à notre insu, comme si nous étions des pantins et que notre conscience pure n’était qu’une illusion. Pire encore, cf. Nietzsche, Le gai savoir, qui explique que toute ma pensée est déterminée par des flux corporels que nous ne maîtrisons pas : 

« Une pensée ne vient que quand elle veut, et non pas quand c’est moi qui veux ; de sorte que c’est une altération des faits de prétendre que le sujet moi est la condition de l’attribut “je pense”. Quelque chose pense, mais croire que ce quelque chose est l’antique et fameux moi, c’est une pure supposition. »


↳ Oui, en fin de compte, il m’est possible de perdre ma liberté de penser, parce que cette dernière n’est pas de l’ordre du naturel et de l’inné, n’existe pas de manière absolue, mais est de l’ordre du relatif et de l’acquis, comme toutes les autres libertés. La conséquence étant de taille : si je peux perdre ma liberté de penser, puisqu’elle est ce que j’ai de plus intime, je dois la protéger autant que faire se peut. 


III. Parce que je peux perdre ma liberté de penser, je dois mettre en place des solutions pour ne pas la perdre, parce que je ne dois pas la perdre… ou plutôt parce que je dois me donner les moyens de la gagner

1. La liberté de penser non pas donnée d’avance, elle est à gagner et puis ensuite à instituer comme devoir

La liberté de penser n’est pas un don métaphysique dont je disposerais dès ma naissance. Elle se glane suite à des efforts, un certain travail de notre esprit sur lui-même. Cf. Kant, Qu’est-ce que les Lumières ?, qui décrit la liberté de penser selon les mots Sapere Aude, « Ose te servir de ton propre entendement », avec l’idée sous-entendue selon laquelle si on ne s’en sert pas, d’autres en profiteront pour penser à notre place et nous dominer, tel un troupeau de bêtes ignares et abruties. Une fois gagnée, on se rend compte de la valeur de cette liberté de penser, de sa fragilité aussi. C’est précisément quand on peut perdre quelque chose qu’on la protège. Ainsi a été institué le droit de propriété dans le contrat social, garantissant à un individu qu’il aura toujours ce qu’il possède en protégeant sa possession par un droit, par une loi, qui la rend inviolable. C’est ainsi que procède tout le pacte social qui nous fait passer de l’état de nature, où tout est prenable et perdable, selon la force engagée, à l’état social, où les droits interviennent comme des boucliers légaux pour nous protéger. La liberté de penser, tout comme la liberté d’expression ou la liberté de culte, aussi spontanées qu’elles puissent paraître au premier abord, sont malgré tout des acquis, des droits. Cf. la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, article 18 : 

« Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu'en privé, par l'enseignement, les pratiques, le culte et l'accomplissement des rites. »


2. La condition du respect de l’autre et de la vie en société

Pervers narcissiques, manipulateurs, autant de mots pour désigner ceux dont on a le plus peur, ceux qui peuvent nous enlever notre for intérieur, notre intimité, notre liberté de penser. Mentir, manipuler, influencer, autant d’actes qui ne respectent pas autrui, qui veulent contraindre l’autre à n’être qu’un double de moi, qu’une marionnette inapte à être autonome et à penser comme il le veut. Le respect de la liberté de penser de l’autre apparaît ainsi comme l’un des respects les plus fondamentaux qui soient. Ainsi, ne jamais essayer de faire en sorte que quelqu’un pense exactement comme nous, le laisser avoir ses opinions politiques, religieuses, etc., est primordial. Primordial non seulement d’un point de vue moral, du point de vue du respect individuel de l’autre que j’ai en face de moi, mais primordial aussi d’un point de vue politique et sociétal, du point de vue collectif, pour assurer une vie en société pérenne. En effet, que serait une société uniformisée, dans laquelle tout le monde penserait la même chose ? Cf. Marcuse, L’homme unidimensionnel, et le danger des intelligences similaires, de la non différence. Cf. les penseurs du libéralisme, à qui l’on peut reconnaître au moins une chose de manière consensuelle, c’est que le génie et la créativité naissent des différences de chacun, et qu’à uniformiser les parcours, les gens et les idées sous le prétexte d’une égalité à tout rompre, on tuerait toute idée de progrès et on momifierait ainsi vivante l’espèce humaine.

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