Correction Philosophie - Bac STMG 2017 Polynésie

Correction Philosophie - Bac STMG 2017 Polynésie

Voici le corrigé de l'épreuve de Philosophie du Bac STMG 2017 de Polynésie Française. Ce corrigé est valable pour toutes les séries technologiques du Bac 2017.
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Vous trouverez ici les 3 sujets corrigés qui vous étaient proposés. Les notions en jeu dans cette épreuve étaient le bonheur, l'art, ainsi que la justice et le droit.

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Correction Philosophie - Bac STMG 2017 Polynésie

Le contenu du document


SUJET 1 : LE BONHEUR N’EST-IL QU’UN IDEAL ?

Notion en jeu : le bonheur.


AVANT-PROPOS

Il est avant tout primordial de comprendre que ces éléments de corrigé ne constituent en aucun cas un “corrigé type”, mais seulement des exemples de traitement possible de ce sujet de dissertation. 

En philosophie la démarche de pensée individuelle et la logique de l’argumentation est ce qui rendra un travail bon le jour de l’épreuve. 

Il n’y a pas un plan possible mais plusieurs. Ce corrigé se veut donc avant tout une explication du sujet et de ses attentes, et non un corrigé type comme on pourrait en trouver en sciences dures : mathématiques…


PRESENTATION DU SUJET 

Ce sujet, « Le bonheur n’est-il qu’un idéal », a trait à une notion classique du programme de terminale STMG, le bonheur, faisant partie du grand domaine ‟La liberté”. Il s’agit d’un intitulé à portée existentielle, c’est-à-dire qui concerne notre mode d’être au monde et nos penchants existentiels, la finalité que nous nous donnons. 


Avec la présence du “ne que”, restrictif, il est question de savoir si le bonheur est uniquement / exclusivement / seulement de l’ordre de l’idéal, c’est-à-dire de quelque chose qui n’est pas concret, qui n’existe pas à proprement parler, hormis dans notre esprit, nos rêves et notre imagination. Le bonheur est-il voué, du coup, à ne pas exister dans la réalité ? N’est-il qu’idéal inaccessible ? Telles sont les questions que pose ce sujet.


ANALYSE DU SUJET

Ce travail d’analyse correspond à ce que vous devez faire au brouillon pour vous approprier le sujet dans toute sa dimension. Ce travail est absolument indispensable pour vous permettre de cibler le sujet et de ne pas faire de hors-sujet.


1. Définition des termes.

• le bonheur : grande notion fondamentale du programme de terminales, le bonheur signifie philosophiquement un état de satisfaction continu, par opposition notamment au plaisir ou à la joie qui sont quant à eux des états de satisfaction non durables, ponctuels. Le cours de philosophie vous aura aussi appris autre chose quant au bonheur, à savoir qu’il s’agit d’une quête universelle, que tout être humain recherche, donc, un idéal après lequel nous courons, ou qui oriente nos vies. En effet, nous faisons en règle générale tout pour être heureux. Il apparaît presque dans la définition même du bonheur qu’il est un idéal. Mais ce qui est à questionner dans le sujet c’est de savoir s’il n’est que cela.


• est-il : le verbe ‟être” est toujours important à notifier, car il signifie un état de fait, une essence, quelque chose de propre, d’intangible. Se demander si le bonheur est ceci ou cela revient donc ni plus ni moins qu’à se questionner sur la nature même du bonheur, moins ce qu’on perçoit de lui que ce qu’il serait en son fondement même. Peut-il donc dépasser l’idéal ou par nature, ne s’y cantonne-t-il pas ?


• ne que : ces deux petits mots signifient la restriction, l’exclusivité. Il s’agit de se demander si le bonheur n’est qu’un idéal, juste cela, et rien d’autre, rien de plus. Il s’agit donc du mot clef du sujet, de ce autour de quoi la problématique va se poser.


• un idéal : l’idéal s’oppose à une chose concrète, il appartient à la sphère des idées, de l’esprit, des rêveries, plus qu’aux faits réels. Finalement, se demander si le bonheur n’est pas qu’un idéal, c’est se demander s’il a une chance un jour de se réaliser bel et bien, ou si en espérer tant n’est pas qu’illusoire.


2. Mise en tension du sujet et problématisation.

Mettre en tension le sujet, c’est trouver deux réponses qui font faire un grand écart au sujet, qui le tirent dans un sens et dans l’autre comme on peut étirer un élastique vers deux extrémités. Sans mettre en tension le sujet, on ne peut pas le problématiser, c’est-à-dire voir le problème sous-jacent au sujet, le problème que pose la question même du sujet. Et si on ne voit pas ce problème, on se contente de répondre à la question posée, ou de reformuler le sujet, mais sans le problématiser. Alors on ne répond pas aux attentes de la dissertation de philosophie, qui suppose une aptitude à problématiser.


Pour mettre en tension le sujet, on va proposer deux réponses a priori opposées, l’une évidente, qui nous vient à l’esprit le plus spontanément, l’autre qui vient la réfuter ou en montrer les limites.

- Sujet : le bonheur n’est-il qu’un idéal ? 

- Réponse évidente : non, il ne semble pas que le bonheur ne soit qu’un idéal. Certes, il est une quête universelle, tout le monde le veut, mais il n’en demeure pas moins qu’il existe dans la réalité : nous autres ne sommes pas que de tristes Pierrot, nous aimons, rions, jouissons, sommes heureux ! 

- Réponse opposée qui réfute la première réponse ou en montre les limites : néanmoins, ne confondons-nous pas là bonheur et simple joie ? Car le bonheur, c’est quelque chose de durable que rien ne pourrait rompre. Or la vie humaine est remplie de vicissitudes qui empêchent le bonheur de perdurer… et c’est peut-être pour cela qu’il n’est qu’un idéal, en raison de sa fugacité, de son évanescence.


La tension est ici sensible : soit le bonheur n’est qu’un idéal, auquel cas nous ne devons espérer grand-chose, ni l’atteindre, ni le garder pour toujours, soit il existe réellement et n’est alors pas du tout de l’ordre de l’idéal.


Cela amène alors la problématique : le bonheur est-il seulement un idéal ou a-t-il une quelconque part de concret, de réalité ? Est-il accessible ou n’est-il pas voué qu’à de douces chimères, illusoires et à jamais inaccessibles ?


PROPOSITION DE PLAN

I. Non, il ne semble pas que le bonheur ne soit qu’un idéal du tout...

1. Certes, le bonheur est une quête universelle

Le bonheur est un idéal pour l’homme, au sens où chacun de nous est mû par la volonté de vivre bien, vivre dans le confort, dans la paix et la sérénité, tous ces mots étant synonymes du bonheur. Le bonheur pour nous-mêmes comme pour autrui, puisque notre but d’être humain est aussi, en général, de faire le bonheur de ceux qui nous entourent. N’avons-nous pas mal lorsque l’être aimé souffre ? Ne faisons-nous pas tout pour rendre le sourire à notre meilleur ami ou à nos parents attristés ? N’allons-nous pas jusqu’à envier la vie paisible d’un animal domestique, bienheureux à dormir, manger et se faire dorloter toute la journée, quand nous autres humains devons travailler et subir les caprices de l’existence, alors que oui, on voudrait bien être heureux ? Et d’ailleurs, n’est-ce pas devenu un véritable diktat de nos sociétés que ce bonheur, à tel point qu’il est mal vu de faire la moue et de ne pas arborer un sourire colgate à toutes occasions ? Le bonheur donc s’impose comme l’idéal de tout le monde, ce vers quoi tout un chacun tend.


2. C’est un idéal, mais “pas que”, car il existe bel et bien dans la réalité

Le bonheur, qui ne l’a jamais éprouvé ? Un sourire au détour d’une rue, des rires partagés, des émotions fortes qui nous tiennent en vie, de l’optimisme, de la joie, de la bonne humeur. Ne seraient-ce pas là des moments de bonheur différents, que tout un chacun peut vivre, différemment selon son caractère et ses aspirations, mais qu’il vit quand même bel et bien ?

Preuve alors que le bonheur n’est pas qu’un idéal, mais tout aussi bien une réalité. C’est bien ce que Mill explique lorsqu’il dit que le bonheur n’est pas qu’une vaine idée, mais qu’il existe partout là où nous éprouvons des satisfactions.


II. Et pourtant, s’il existe vraiment, pourquoi faire du bonheur un idéal ? Ne serait-ce pas là paradoxal ?

1. Plaisir, joie et bonheur : de faux synonymes

En fait, tous ces petits moments de bonheur ne sont pas du bonheur à proprement parler. C’est de la joie, du plaisir, mais pas du bonheur, parce que le bonheur se caractérise comme étant un état de satisfaction continue, imperturbable comme le sage de Marc Aurèle, semblable à un roc contre lequel viennent se briser toutes les vagues, mais qui reste debout, intangible. Le bonheur, c’est du continu, quoiqu’il arrive. Il rime avec une durée indéterminée, avec du toujours, de l’éternité. Or la vie de tous les jours est faite de sauts, tantôt de la joie, tantôt de la peine, et ces soubresauts qui meuvent l’homme, comme le dirait Freud (Malaise dans la civilisation) font partie de sa paradoxale condition humaine. En ce sens, le bonheur devient un idéal car il paraît difficile de l’atteindre pour de vrai et pour de bon.


2. Le bonheur, qu’un éternel inaccessible ?

Freud, encore, dénonce le bonheur avec un grand B et explique donc que l’homme, de par sa constitution, ne peut y accéder. Toujours l’homme en effet se trouvera confronté à des troubles ou divers obstacles mettant en péril son idéal de satisfaction continue. L’homme ne peut pas être heureux dans ces conditions, parce qu’il vit une vie soumise à l’empirique qu’il ne choisit pas et aux aléas. A moins de vivre seul comme un ermite et de se détacher de tout, l’homme n’atteindra jamais le bonheur. Alors le bonheur n’est rien d’autre qu’un idéal, ou pour le dire plus précisément avec Kant, un idéal de l’imagination, quelque chose que l’on espère, auquel on croit, vers lequel tend tout notre élan vital, mais à jamais inaccessible.


III. Gare au pessimisme : à considérer le bonheur seulement comme un idéal inaccessible, la conséquence est de taille et nous nous condamnons à être malheureux.

1. Le bonheur s’approche par la force de la volonté

Voir le verre plutôt plein que vide, voir la vie en couleurs plutôt qu’en gris, considérer le positif plutôt que le négatif... L’optimiste n’a-t-il pas plus de chances d’être heureux que celui qui voit toujours tout en noir, ou que l’éternel insatisfait ? Ainsi donc, il semble bien que si nous ne maîtrisons pas le cours de la vie et tous ses aléas, nous pouvons néanmoins faire un travail quant à l’orientation de notre volonté, afin, comme le disait Descartes dans le Discours de la méthode, de changer ses désirs puisque le cours du monde lui n’est pas changeable. En orientant différemment notre volonté, force est de constater que les événements ne nous impactent pas de la même manière. « Ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts », clamait à cet égard Nietzsche. Un accès facilité au bonheur se trouverait alors là, dans une résolution ferme de notre esprit, dans une certaine acceptation du monde et de notre destinée, quelle qu’elle soit (l’Amor fati des Stoïciens), qui mène à l’ataraxie, la paix de l’âme. Il suffirait déjà de le vouloir, et pour le vouloir, encore faut-il y croire et ne pas le voir uniquement comme un idéal.


2. Vers une redéfinition du bonheur

Finalement, pourquoi ne pas redéfinir à la baisse mais avec humilité nos objectifs, et faire du bonheur tout simple, avec un petit b, le but de notre existence ? Cf. la formule du bonheur comme évitement du malheur des stoïciens, la paix de l’âme et la résistance aux passions que prône le sage imperturbable. Cf. aussi le seul bonheur possible évoqué par Freud, un ensemble de déceptions et de satisfactions, et pas plus, car plus, ce n’est pas un but atteignable, mais un idéal impossible et à effet vicieux : ne pas l’atteindre nous voue au malheur. Redéfinition donc du bonheur pour pouvoir le faire exister ici-bas et ne pas le cantonner à la sphère d’idéaux à jamais irréalisables.


SUJET 2 : L’ART S’APPREND-IL ?

Notion en jeu : l’art.


AVANT-PROPOS

Il est avant tout primordial de comprendre que ces éléments de corrigé ne constituent en aucun cas un “corrigé type”, mais seulement des exemples de traitement possible de ce sujet de dissertation. 

En philosophie la démarche de pensée individuelle et la logique de l’argumentation est ce qui rendra un travail bon le jour de l’épreuve. 

Il n’y a pas un plan possible mais plusieurs. Ce corrigé se veut donc avant tout une explication du sujet et de ses attentes, et non un corrigé type comme on pourrait en trouver en sciences dures : mathématiques…


PRESENTATION DU SUJET

Ce sujet, « L’art s’apprend-il », a trait à une notion classique du programme de terminale STMG, l’art, faisant partie du grand domaine ‟La culture”. Il s’agit donc d’un intitulé à portée esthétique, c’est-à-dire qui concerne notre rapport à l’art en général, et ici plus précisément ici généalogique, puisqu’il est demandé si l’art nous vient par apprentissage ou non.


Ici, il fallait bien distinguer les deux dimensions du mot ‟art”. Se demander si l’art s’apprend, c’est à la fois se demander si on peut apprendre à être un artiste, mais aussi si on peut apprendre à bien percevoir et appréhender l’art. C’est donc les rapports entre l’art et la connaissance qui sont en question ici.


ANALYSE DU SUJET 

Ce travail d’analyse correspond à ce que vous devez faire au brouillon pour vous approprier le sujet dans toute sa dimension. Ce travail est absolument indispensable pour vous permettre de cibler le sujet et de ne pas faire de hors-sujet.


1. Définition des termes.

• l’art : l’art, c’est une activité intentionnelle dont la finalité est de produire une satisfaction esthétique (définition qu’en donne Genette dans L’œuvre de l’art). Il s’oppose ainsi par nature à la technique, qui est une activité de production dont la finalité est de répondre à un besoin. Si l’art s’oppose à la technique, c’est d’abord et avant tout parce qu’il ne répond pas à un protocole précis, on n’apprend pas à faire de l’art ou à le percevoir comme on apprend à poser des tuiles ou à faire une dissertation de philosophie.


• s’apprend-il : le verbe ‟apprendre” est lourd de sens, il signifie un processus par lequel on acquiert une connaissance sur un sujet précis. L’art, lui, ne s’oppose-t-il pas magistralement à la connaissance ? N’est-il pas de l’ordre de l’inné, de l’intuition, du génie ? Et quand nous sommes les récepteurs de cet art, l’art ne parle-t-il pas d’abord et avant tout à notre sensibilité, de manière parfois inexplicable ? Comment donc l’art pourrait-il bien s’apprendre ?


2. Mise en tension du sujet et problématisation.

Mettre en tension le sujet, c’est trouver deux réponses qui font faire un grand écart au sujet, qui le tirent dans un sens et dans l’autre comme on peut étirer un élastique vers deux extrémités. Sans mettre en tension le sujet, on ne peut pas le problématiser, c’est-à-dire voir le problème sous-jacent au sujet, le problème que pose la question même du sujet. Et si on ne voit pas ce problème, on se contente de répondre à la question posée, ou de reformuler le sujet, mais sans le problématiser. Alors on ne répond pas aux attentes de la dissertation de philosophie, qui suppose une aptitude à problématiser.


Pour mettre en tension le sujet, on va proposer deux réponses a priori opposées, l’une évidente, qui nous vient à l’esprit le plus spontanément, l’autre qui vient la réfuter ou en montrer les limites.

- Sujet : l’art s’apprend-il ? 

- Réponse évidente : oui il semble bien que l’art s’apprenne, comment en effet être artiste sans avoir une once de connaissance et de technique en la matière ? et comment appréhender une œuvre d’art si nous n’y connaissons rien ? D’ailleurs, à l’école, au collège notamment, les arts plastiques et la musique ne sont-ils pas des matières obligatoires, où nous apprenons les bases du dessin et du solfège ?

- Réponse opposée qui réfute la première réponse ou en montre les limites : néanmoins, l’art n’est-il pas plus subtil que cela ? S’apprend-il vraiment ? Suffit-il de connaître son solfège pour devenir musicien ou pour avoir une bonne perception de la musique en général ? L’art n’est-il pas au contraire intuition, création avant tout, génie et inné ?


La tension est ici sensible : finalement, soit l’art s’apprend, soit il ne s’apprend pas, mais on voit en tous les cas que c’est la grosse question du rapport entre art et connaissance qu’il s’agit ici de poser.

Cela amène alors la problématique : l’art est-il un apprentissage particulier, donc met-il en œuvre une technique particulière et des connaissances spécifiques ? L’art s’apprend-il comme tant d’autres matières, ou l’accès à l’art se fait-il autrement ?


PROPOSITION DE PLAN

I. Oui, il semble bien que l’art s’apprend...

1. L’art, les courants, les écoles

Il y a des écoles d’art, des courants, des groupes, au sein desquels sont vues des manières spécifiques de créer une œuvre d’art. L’école symbolique, parnassienne, romantique, surréaliste, etc, sont bien des preuves que l’art s’oriente toujours d'une certaine manière qui s’acquiert et qui n’est pas innée. On ne naît pas artiste, on le devient, et l’artiste qu’on est est lui-même le produit d’un apprentissage spécifique issu d’un courant, d’un style, comme le montre Panofsky dans ses Essais d’iconologie. Par exemple, l’apparition de la perspective en peinture n’est pas hasardeuse, ni issue d’une manière de voir propre à un seul individu qui aurait révolutionné, de ce fait, l’histoire de l’art. Elle apparaît parce que les progrès scientifiques, la représentation des choses évoluée et un regard nouveau sont eux-mêmes apparus avant et ont imprégné l’art qui a appris des autres matières. Alors oui, l’art s’apprend et ne correspond pas forcément à l’image romantique de l’artiste inspiré de manière incompréhensible qu’on en a.


2. Un savoir-faire particulier

Il est vrai que l’art s’oppose à la technique, parce que la technique est intéressée, soumise à une fin bien précise qu’il s’agit d’atteindre en déroulant un protocole d’actions et de gestes bien précis. L’art, lui, est détaché de tout intérêt vital (subvenir à ses besoins) ou matériel (manger, se protéger de la nature, etc.), il s’agit d’une activité de production à finalité esthétique, libre de tout intérêt pratique. Mais cela ne veut pas dire pour autant que l’art s’oppose totalement à la technique au sens où il ne s’apprendrait pas. L’art a lui aussi une technique particulière, on ne peut peindre sans savoir dessiner, sans avoir la main, on ne peut être bon musicien dans l’ignorance totale de l’harmonie et de la mélodie, ni sculpter sans connaître les caractéristiques de la pierre que l’on taille, au risque d’aboutir à un tas de miettes. L’art s’apprend, comme dirait Aristote il est un savoir-faire particulier, une expertise spécifique.


II. Et pourtant, il y a bien une part d’intuition, de spontanéité, d’inné dans l’art, qui ne peut en aucun cas se réduire à un apprentissage.

1. L’inspiration, un phénomène assez irrationnel, intuitif, inné

Evidemment, il faut une certaine maîtrise dans la pratique, pour créer des œuvres d’art. Mais cela ne suffit pas. Si l’art s’apprenait comme on apprend les mathématiques, tout le monde pourrait être artiste après quelques années d’entraînement. Quelque part, donc, l’artiste est doté de qualités spéciales, innées, qui ne s’acquièrent pas. En effet, ne dit-on pas d’untel ou untel qu’il a une âme d’artiste ? mais cela ne à s’invente pas, ne s’emprunte pas. L’artiste semble être inspiré, d’une manière assez peu explicable, qui ne se partage pas ni ne se comprend vraiment. Cf. la figure du poète dans l’Ion de Platon, le poète y est présenté comme le ventriloque d’un Dieu, délirant et totalement inspiré par des choses qui échappent au commun des mortels.


2. L’aspect génial de l’artiste

De là la dimension souvent géniale qu’on accorde à l’artiste. Le génie s’opposant d’ailleurs plus ou moins à la compréhension, à l’apprentissage. On ne s’improvise pas génie comme cela, cela s’impose, c’est inné, comme un don de la nature, d’où le fait que bien des artistes, en leur temps, soient des génies incompris, déroutant les règles et les codes de la société. Cf. la définition que Kant donne du génie : 

- D’abord quelqu’un de résolument original, qui révolutionne une manière de faire et ouvre des perspectives inédites, « un talent qui consiste à produire ce dont on ne saurait donner aucune règle déterminée ». 

- Ensuite, quelqu’un qui semble détenir des dons offerts par la nature, le génie étant « la disposition innée de l’esprit par laquelle la nature donne ses règles à l’art ».

- Puis, quelqu’un qui produit de manière absolument innée, sans pouvoir expliquer comment : « Il n’est en son pouvoir ni de concevoir à volonté ou suivant un plan de telles idées ».

- Enfin, quelqu’un qui sert d’exemple à ceux qui le suivent.


III. Par contre, ce qui s’apprend et s’éduque, dans l’art, c’est notre perception.

1. Le libre jeu de l’imagination et de l’entendement

Comme le précise à nouveau Kant, dans l’art, les facultés de connaissance ne sont pas du tout mobilisées en termes cognitifs. Rien ne se conceptualise dans l’art, rien ne s’apprend à proprement parler, et c’est même précisément parce que le jugement conceptuel rate qu’on a affaire à un jugement de goût. L’entendement alors, parce qu’il ne conceptualise pas, ne fait que « jouer » avec la sensibilité, c’est alors un jeu de la perception qui se met en œuvre.


2. L’apprentissage de la perception

Chaque artiste, chaque œuvre d’art, offrent un regard particulier et différent sur le monde. Il y a autant d’individus que de visions du monde, et l’histoire de l’art enrichit chacune de notre perception individuelle. L’art nous apprend à voir les choses autrement, ouvre notre perception et nous montre l’invisible du quotidien. Ainsi Oscar Wilde écrivit-il qu’« il n’y avait pas de brouillard à Londres avant que Turner n’en ait peint ».


SUJET 3 : EXPLICATION DE TEXTE

Texte d’Alain sur la justice

Notion en jeu : la justice (le droit).


AVANT-PROPOS

Il est avant tout primordial de comprendre que ces éléments de corrigé ne constituent en aucun cas un “corrigé type”, mais seulement des exemples de traitement possible de ce sujet d’explication de texte. 

En philosophie la démarche de pensée individuelle et la logique de l’argumentation est ce qui rendra un travail bon le jour de l’épreuve. 

Il n’y a pas un plan possible mais plusieurs, même s’il faut méthodiquement procéder de manière linéaire (expliquer ligne après ligne, du début à la fin, et montrer comment l’argumentation se déroule). Ce corrigé se veut donc avant tout une explication d’un texte et des attentes que suppose cette épreuve différente de la dissertation, et non un corrigé type comme on pourrait en trouver en sciences dures : mathématiques…


TEXTE A EXPLIQUER

Expliquer le texte suivant : 

« On comprend bien qu’il n’y a pas de droit sans limites ; cela n’est pas possible, à moins que l’on ne se place dans l’état de liberté et de guerre, où l’on peut dire que l’on se donne tous les droits, mais où aussi, l’on ne possède que ceux que l’on peut maintenir par sa propre force. Mais dès que l’on fait société avec d’autres, les droits des uns et des autres forment un système équilibré ; il n’est pas dit du tout que tous auront tous les droits possibles ; il est dit seulement que tous auront les mêmes droits ; et c’est cette égalité des droits qui est sans doute la forme de la justice ; car les circonstances ne permettent jamais d’établir un droit tout à fait sans restriction ; par exemple il n’est pas dit qu’on ne barrera pas une rue dans l’intérêt commun ; la justice exige seulement que la rue soit barrée aux mêmes conditions pour tout le monde. Donc je conçois bien que l’on revendique comme citoyen, et avec toute l’énergie que l’on voudra y mettre, un droit dont on voit que les autres citoyens ont la jouissance. Mais vouloir un droit sans limites, cela sonne mal. »

ALAIN, Propos sur les pouvoirs, éléments d’une doctrine radicale, 1925.  

Pour expliquer ce texte, vous répondrez aux questions suivantes, qui sont destinées principalement à guider votre rédaction. Elles ne sont pas indépendantes les unes des autres et demandent que le texte soit d’abord étudié dans son ensemble.


1. Dégagez la thèse du texte et montrez comment elle est établie.

2. a) Expliquez pourquoi « dans l’état de liberté et de guerre », « on ne possède que [les droits] que l’on peut maintenir par sa propre force ».

b) Expliquez pourquoi en société on ne peut donner à tous « tous les droits possibles ».

c) En analysant l’exemple, expliquez à quelles conditions on peut restreindre un droit sans être injuste.

3. Donner les mêmes droits à tous, est-ce cela, être juste ? 


PRESENTATION DU SUJET

Ce texte d’Alain a trait à une notion classique du programme de terminale techno, “la justice et la loi”, dans laquelle figure “le droit”, faisant partie du grand domaine ‟la liberté”.


Il s’agit d’un texte sur la justice. Alain, en effet, donne ici une définition de la justice et souhaite montrer en quoi elle consiste. Il défend alors une idée très classique de la justice, traditionnelle, selon laquelle elle se trouverait dans l’égalité de chacun devant le droit. Tout le monde a les mêmes droits, ni plus ni moins, ce serait cela, la justice selon Alain.


ANALYSE DU TEXTE

• Une explication de texte doit répondre à des attentes précises : lorsque j’explique un texte je dois montrer quelle est la thèse de l’auteur sur un sujet précis (son point de vue) et quelle stratégie argumentative il met en place pour donner sa thèse (de quelle manière il s’y prend ? Quel type d’argumentation il choisit ? Quels procédés sont les siens ? etc.). 


• Il faut aussi voir si la position défendue par l’auteur est originale ou pas, et qu’est-ce que cela nous apprend sur le sujet. En effet, si la connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise, chaque extrait à expliquer fait partie d’un thème au programme de philosophie, qu’on est censé connaître. Ainsi, on peut faire dialoguer la position de l’auteur avec nos connaissances sur la question, afin de voir si sa thèse est subversive ou classique, originale ou non.


• L’idéal serait aussi de mettre en évidence un enjeu : manière par exemple que le texte a de faire résonner une question plus générale.


• Dans une première lecture du texte, afin de vous assurer que vous l’avez bien compris (et que vous pouvez donc commencer l’explication), il faut pouvoir répondre aux six attentes de l’Introduction, ce que nous allons donc faire ici.


1) Situation du texte 

Dans ce texte, extrait du livre Propos sur les pouvoirs, éléments d’une doctrine radicale, Alain...


2) Thème du texte (de quoi cela parle, quel est le domaine général auquel il a trait) 

... s’intéresse à la justice, ce qu’elle est, en quoi elle consiste, notamment dans son rapport au(x) droit(s).


3) Problème du texte

Quel est le rapport de la justice et des droits des individus ? Comment s’accorde la justice avec la liberté de tout un chacun


4) Thèse du texte (point de vue défendu par Alain)

La justice, ce n’est pas la liberté individuelle absolue qui consisterait à accorder tous les droits aux individus. Non. La justice se trouve dans une restriction équilibrée des droits de tout un chacun, pour que tout individu ait les mêmes droits que les autres. Pour défaire peut-être une différence de nature (« Nous naissons libres et égaux en droit », et non en fait…).


5) Enjeu

L’enjeu de ce texte est, pour Alain, de manière subliminale, de défendre l’idée d’une justice égalitaire et non équitable. Mais à noter qu’Alain laisse une porte ouverte à une remise en cause factuelle de cette justice puisqu’il ne dit finalement que ce n’en est là que la forme, or on connaît la différence parfois de taille entre la formalité et l’empirique, parfois la forme ne pouvant résister aux cas particuliers et nécessitant une adaptation, une casuistique.


6) Annonce du plan (étapes par lesquelles Alain procède)

Alain procède ainsi en deux temps. 

D’abord, il s’intéresse à ce que sont les droits et à l’équilibre de ces derniers en société. Le droit, c’est – cela doit être – quelque chose de partagé par tous, et les droits doivent être strictement les mêmes pour tous.

Ensuite, dans un second temps, Alain va en tirer une définition de la justice, puisque c’est précisément dans cette égalité de traitement de tout un chacun par rapport à ses droits que se fonde la justice. On peut donc revendiquer un droit que les autres ont dont on serait dépourvu, mais en aucun cas la maximalisation de nos droits si cela va à l’encontre de la restriction nécessaire à l’équilibre commun.


PROPOSITION DE PLAN

I. Ce que sont les droits et l’équilibre de ces derniers en société : quelque chose de partagé par tous et les mêmes pour tous.

« On comprend bien qu’il n’y a pas de droit sans limites ; »

↳ Premiers mots du texte sur l’extension du droit. Alain nous dit qu’elle n’est pas illimitée, et qu’il ne saurait d’ailleurs y avoir de droit sans limites. Ainsi donc, l’individu doté de droits, l’individu libre, n’est pas absolument libre, il a des limites et ne peut agir totalement comme il l’entend. Car tout droit que tel individu a, correspond à des devoirs pour d’autres. Donc tout droit suppose des limites pour être respecté par tout un chacun.


« cela n’est pas possible, à moins que l’on ne se place dans l’état de liberté et de guerre, où l’on peut dire que l’on se donne tous les droits, mais où aussi, l’on ne possède que ceux que l’on peut maintenir par sa propre force. »

↳ Que le droit soit limité, c’est la base même du contrat social. Le contrat social, c’est sortir de l’état de nature, qu’Alain nomme « état de liberté et de guerre », où chacun a tous les “droits” qu’il veut, non légitimés par une quelconque institution judiciaire, mais qu’il s’octroie de lui-même. Le seul problème de ces dits droits est qu’ils ne sont pas garantis par quoi que ce soit d’autre que la force. La force, qui donc distingue les individus de fait, les rend inégaux… la force, contraire à tout esprit de justice puisque par la force je peux voler mes pairs, aller à l’encontre de ses droits et de sa dignité. Il n’y a donc que dans cet état anarchique que les droits paraissent sans limites... Et encore, sans la limite de la force de l’autre, qui si elle dépasse la mienne, pourrait bien me terrasser et m’enlever tous droits.


« Mais dès que l’on fait société avec d’autres, les droits des uns et des autres forment un système équilibré ; »

↳ Alain poursuit sur sa lancée : seule l’entrée en société par le contrat social permet de faire des droits de chacun « un système équilibré ». Par “équilibré”, il entend une commune mesure, une harmonie des droits des uns et des autres, et non une lutte perpétuelle où chacun doit user de violence pour protéger ses droits. En effet, par le contrat social, un pacte est fait : pour que je puisse bénéficier de droits, que mes droits soient garantis, je dois respecter ceux d’autrui. L’équilibre se trouve alors dans le respect de tout le monde, et dans le fait du coup que tout un chacun a des droits garantis et sécurisés.


« il n’est pas dit du tout que tous auront tous les droits possibles ; il est dit seulement que tous auront les mêmes droits ; »

↳ Attention, cet équilibre est à comprendre de manière qualitative (tous auront les mêmes droits) et non quantitative (tous auront tous les droits possibles). En effet, si le droit n’est pas limité il va finir par troubler l’équilibre général et mettre en péril et aller à l’encontre des droits des autres.


II.  Ce qu’on en tire pour la justice... La justice comme égalité de tous en droit(s).

« et c’est cette égalité des droits qui est sans doute la forme de la justice ; »

↳ Thèse d’Alain ici : en quoi consiste la justice ? En l’égalité des droits de tout un chacun. Alain défend donc la justice comme stricte égalité et non comme équité, contrairement à un Aristote ou un Marx par exemple (« À chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins »).


« car les circonstances ne permettent jamais d’établir un droit tout à fait sans restriction ; par exemple il n’est pas dit qu’on ne barrera pas une rue dans l’intérêt commun ; la justice exige seulement que la rue soit barrée aux mêmes conditions pour tout le monde.»

↳ Alain explique pourquoi la justice est égalité dans les droits en deux temps : 1) si les droits ne sont pas illimités, c’est parce que les circonstances empêchent cela (cela impacterait les droits des autres et les réduiraient à mesure que les miens augmenteraient) ; exemple d’une rue qu’on peut barrer..., mais 2) ce qui fait la justice n’est pas dans la limite seule mais dans l’égalité de traitement de tout un chacun : elle est barrée pour l’intérêt commun, et pour tous, et de la même manière pour tout le monde. 

Pourquoi égalité et restriction se rejoignent ? On restreint précisément pour mettre tout le monde à égalité, là où la force différencierait sans cesse les individus les uns des autres.


« Donc je conçois bien que l’on revendique comme citoyen, et avec toute l’énergie que l’on voudra y mettre, un droit dont on voit que les autres citoyens ont la jouissance. Mais vouloir un droit sans limites, cela sonne mal. »

↳ Conséquences directes de tout cela (marquées par le “donc”), on peut revendiquer d’avoir les mêmes droits que les autres si on en est dépourvu, mais on ne peut pas revendiquer d’avoir tous les droits. On peut revendiquer l’égalité mais pas l’illimité de la liberté individuelle qui précisément ici viendrait mettre en péril la vie en communauté, le sens de la justice et donc du droit lui-même.

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