Correction Explication de texte Philosophie Bac STMG 2017 Pondichéry

Correction Explication de texte Philosophie Bac STMG 2017 Pondichéry

Nous vous invitons à consulter gratuitement le corrigé de l'explication de texte (sujet 3) de l'épreuve de Philosophie du Bac STMG de Pondichéry 2017.

Le document à expliquer était un texte d'Hannah Arendt sur la désobéissance civile. Le thème abordé était la justice.

Téléchargez gratuitement le corrigé de cette explication de texte pour l'épreuve de Philosophie Pondichéry 2017 série STMG. Retrouvez aussi le sujet de Philosophie ainsi que les corrigés du sujet 1 et du sujet 2.

Correction Explication de texte Philosophie Bac STMG 2017 Pondichéry

Le contenu du document

 

SUJET N° 3 : TEXTE D’ARENDT SUR LA DESOBEISSANCE CIVILE
NOTION EN JEU : LA JUSTICE

AVANT-PROPOS

Il est avant tout primordial de comprendre que ces éléments de corrigé ne constituent en aucun cas un “corrigé type”, mais seulement des exemples de traitement possible de ce sujet d’explication de texte.

En philosophie la démarche de pensée individuelle et la logique de l’argumentation est ce qui rendra un travail bon le jour de l’épreuve.

 

Ce corrigé se veut donc avant tout une explication d’un texte et des attentes que suppose cette épreuve différente de la dissertation, et non un corrigé type comme on pourrait en trouver en sciences dures : mathématiques...

 

TEXTE A EXPLIQUER

 

Expliquer le texte suivant :

« Il existe une différence essentielle entre le criminel qui prend soin de dissimuler à tous les regards ses actes répréhensibles et celui qui fait acte de désobéissance civile en défiant les autorités et s’institue lui-même porteur d’un autre droit. Cette distinction nécessaire entre une violation ouverte et publique de la loi et une violation clandestine a un tel caractère d’évidence que le refus d’en tenir compte ne saurait provenir que d’un préjugé allié à de la mauvaise volonté. Reconnue désormais par tous les auteurs sérieux qui abordent ce sujet, cette distinction est naturellement invoquée comme un argument primordial par tous ceux qui s’efforcent de faire reconnaître que la désobéissance civile n’est pas incompatible avec les lois et les institutions publiques [...]. Le délinquant de droit commun, par contre, même s’il appartient à une organisation criminelle, agit uniquement dans son propre intérêt ; il refuse de s’incliner devant la volonté du groupe et ne cédera qu’à la violence des services chargés d’imposer le respect de la loi. Celui qui fait acte de désobéissance civile, tout en étant généralement en désaccord avec une majorité, agit au nom et en faveur d’un groupe particulier. Il lance un défi aux lois et à l’autorité établie à partir d’un désaccord fondamental, et non parce qu’il entend personnellement bénéficier d’un passe-droit. »

Hannah ARENDT, Du mensonge à la violence, 1972.

 

Pour expliquer ce texte, vous répondrez aux questions suivantes, qui sont destinées principalement à guider votre rédaction. Elles ne sont pas indépendantes les unes des autres et demandent que le texte soit d’abord étudié dans son ensemble.

1. Dégager l'idée principale du texte et montrer comment elle est établie.

2. Expliquer :

a) « celui qui fait acte de désobéissance civile en défiant les autorités et s’institue lui-même porteur d’un autre droit. » ;

b) « [il y a une] distinction nécessaire entre une violation publique et ouverte de la loi et une violation clandestine » ;

c) « Le délinquant de droit commun [...] agit uniquement dans son propre intérêt. »

3. Désobéir aux lois peut-il être juste ?

 

PRESENTATION DU SUJET

Ce texte d’Arendt a trait à la justice, notion fondamentale du programme de terminale techno. Il s’agit plus précisément pour l’auteur de se questionner quant à la différence entre la désobéissance civile et les délits de droit commun, la différence se faisant selon elle sur la légitimité de l’action ou non des uns et des autres. Le but d’Arendt est ici moral puisqu’il s’agit pour elle de démontrer que désobéir à la loi n’est pas forcément injuste, et que donc le juste ne saurait se restreindre au légal.

ANALYSE DU TEXTE

• Une explication de texte doit répondre à des attentes précises : lorsque j’explique un texte je dois montrer quelle est la thèse de l’auteur sur un sujet précis (son point de vue) et quelle stratégie argumentative il met en place pour donner sa thèse (de quelle manière il s’y prend ? Quel type d’argumentation il choisit ? Quels procédés sont les siens ? etc.).

• Il faut aussi voir si la position défendue par l’auteur est originale ou pas, et qu’est-ce que cela nous apprend sur le sujet. En effet, si la connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise, chaque extrait à expliquer fait partie d’un thème au programme de philosophie, qu’on est censé connaître. Ainsi, on peut faire dialoguer la position de l’auteur avec nos connaissances sur la question, afin de voir si sa thèse est subversive ou classique, originale ou non.

• L’idéal serait aussi de mettre en évidence un enjeu : manière par exemple que le texte a de faire résonner une question plus générale.

• Dans une première lecture du texte, afin de vous assurer que vous l’avez bien compris (et que vous pouvez donc commencer l’explication), il faut pouvoir répondre aux six attentes classiques d’une Introduction telles que les séries générales doivent le faire (vous, vous n’avez qu’à répondre aux questions, mais pour le faire bien, vous ne pouvez négliger cette étape, qui fondera votre réponse à la question n°1), ce que nous allons donc faire ici :

 

1) Situation du texte

Dans ce texte, extrait du livre Du mensonge à la violence, Arendt...

2) Thème du texte (de quoi cela parle, quel est le domaine général auquel il a trait)

... traite de la désobéissance civile.

3) Problème du texte

Comment désobéir à la loi peut-il, parfois, être juste ? Ou du moins ne pas être injuste ?

4) Thèse du texte (point de vue défendu par Arendt) (à reprendre dans la question 1)

Arendt défend l’idée selon laquelle la désobéissance civile, contrairement aux actes criminels ou délinquants, est une désobéissance à la loi non injuste car elle s’assume et se revendique telle : il ne s’agit pas d’agir clandestinement pour tromper les autorités et servir un intérêt personnel, mais de revendiquer un désaccord de fond avec les autorités et donc d’y désobéir pour manifester ce désaccord, non pas pour profiter égoïstement mais pour servir le collectif.

5) Enjeu

Montre que la morale, le juste, ne se restreint pas au légal seulement et que donc le légal n’est pas forcément juste. Nuancer la désobéissance civile comme acte criminel !

6) Annonce du plan (étapes par lesquelles Arendt procède). (À reprendre dans la question 1)

Pour mener à bien son argumentation, Arendt procède en deux temps. Son idée de base c’est de montrer que la désobéissance civile est en tous points différente d’un délit délinquant ou criminel parce qu’elle est publique, se revendique comme telle, ne se cache pas et n’est en aucun cas clandestine (premier temps du texte). L’autre critère de démarcation c’est que le délinquant refuse catégoriquement la loi tandis que le désobéissant civil la déjoue simplement pour la remettre en question. Le premier se moque du collectif tandis que le second agit pour lui (second temps du texte)

BASES POUR LES QUESTIONS 1 ET 2. PLAN EXPLICATIF DU TEXTE

De la distinction nette entre le criminel, clandestin, et le désobéissant civil, public.

« Il existe une différence essentielle entre le criminel qui prend soin de dissimuler à tous les regards ses actes répréhensibles et celui qui fait acte de désobéissance civile en défiant les autorités et s’institue lui-même porteur d’un autre droit. »

↳ Arendt commence par différencier très fortement le criminel, celui qui désobéit à la loi en se cachant pour ne pas être pris, et celui qui fait acte de désobéissance civile, qui procède à l’inverse en montrant sa désapprobation du légal. Le premier craint d’être puni, il craint la répréhension, le second dénonce le légal, veut montrer que le légal n’est pas juste et choisit donc ouvertement de s’y opposer, quelles que soient les conséquences.

 

« Cette distinction nécessaire entre une violation ouverte et publique de la loi et une violation clandestine a un tel caractère d’évidence que le refus d’en tenir compte ne saurait provenir que d’un préjugé allié à de la mauvaise volonté. »

↳ Selon Arendt, ne pas voir cette distinction entre les deux est de l’ordre de la mauvaise foi, tant cette distinction est visible, le criminel étant dans la clandestinité, le désobéissant civil dans la publicité de son acte.

Le délinquant refuse catégoriquement la loi tandis que le désobéissant civil la déjoue simplement pour la remettre en question. Le premier se moque du collectif tandis que le second agit pour lui.

«Reconnue désormais par tous les auteurs sérieux qui abordent ce sujet, cette distinction est naturellement invoquée comme un argument primordial par tous ceux qui s’efforcent de faire reconnaître que la désobéissance civile n’est pas incompatible avec les lois et les institutions publiques. »

↳ C’est ainsi que les défenseurs de la désobéissance civile montre que celle-ci n’est pas incompatible avec les lois et les institutions publiques, puisque cette dernière se fait avec eux de manière claire et honnête, et non cachée. C’est un phénomène qui se montre et qui est public, qui dénonce ouvertement les institutions et leurs faiblesses.

« Le délinquant de droit commun, par contre, même s’il appartient à une organisation criminelle, agit uniquement dans son propre intérêt ; il refuse de s’incliner devant la volonté du groupe et ne cédera qu’à la violence des services chargés d’imposer le respect de la loi. »

↳ Au contraire, le délinquant, nous dit Arendt, agit uniquement dans son intérêt, par égoïsme. Au contraire du désobéissant civil qui agit pour la collectivité, en allant à l’encontre des lois. De sorte que le premier refuse de s’incliner devant le collectif ou la loi, contrairement, sans doute au second, lit-on entre les lignes.

« Celui qui fait acte de désobéissance civile, tout en étant généralement en désaccord avec une majorité, agit au nom et en faveur d’un groupe particulier. Il lance un défi aux lois et à l’autorité établie à partir d’un désaccord fondamental, et non parce qu’il entend personnellement bénéficier d’un passe- droit. »

↳ Le désobéissant civil, contrairement au délinquant, agit pour un groupe et non contre un groupe, il y a de l’altruisme dans ses considérations et non de l’égoïsme comme chez le délinquant, et ses actes sont réfléchis : ils procèdent d’un désaccord de fond avec l’autorité, ce pourquoi il désobéit, contrairement au délinquant qui désobéit pour ses petits intérêts particuliers.

Bases pour la question 3.

Lors de la question 3, il est attendu des candidats de faire une mini-dissertation qui consiste à discuter la thèse de l’auteur. Le sujet est la thèse de l’auteur mise en question. Ici, la thèse d’Arendt est que oui, désobéir à la loi, cela peut être juste lorsqu’il s’agit de désobéissance civile.

Comment procéder ? Dans une première partie, nous allons défendre la thèse de l’auteur, dans une deuxième partie nous allons la réfuter, et dans une troisième partie (indispensable, comme dans toutes les dissertations), nous allons dépasser cette opposition.

Voici donc le travail de base pour mener à bien cette mini-dissertation.

 

Problématique : la désobéissance aux lois est-elle forcément signe d’injustice, autrement dit, les lois seules ont-elles le monopole de la justice au point qu’y obéir nous rendrait forcément justes et y désobéir injustes ?

Défendre la thèse de l’auteur = désobéir à la loi peut être juste quand il s’agit de désobéissance civile.

↳ on part ici donc du point de vue d’Arendt que l’on cite et que l’on développe.

Avec la désobéissance civile (ce que montre aussi son inventeur, Thoreau), nous avons la preuve que la loi n’est pas forcément juste et qu’y désobéir consiste alors à agir légitimement. Cf. le mythe d’Antigone de Sophocle : Athènes est dirigé par l’oncle d’Antigone, Créon ; la loi de la cité impose qu’un criminel envers la patrie n’ait pas de sépulture à sa mort ; les deux frères d’Antigone s’entretuent, l’un des deux n’a pas de sépulture, étant considéré par Créon comme criminel envers la patrie ; Antigone refuse d’obéir aux lois et enterre son frère ; elle est punie pour désobéissance aux lois, et voici ce qu’elle dira à son oncle : « J’ai désobéi à la loi car ce n’était pas la justice et je ne pensais pas que tes décrets à toi fussent assez puissants pour permettre à un mortel de passer outre d’autres lois, des lois non écrites, inébranlables, qui ne datent pas d’aujourd’hui, ni d’hier, et dont on ne sait le jour où elles ont paru » ; Antigone oppose ainsi aux lois qu’ont fait les hommes, aux lois conventionnelles donc, des lois qui s’imposent à nous si l’on sait écouter la voix de notre conscience, des lois naturelles.

 

Réfutation de la thèse de l’auteur, ou nuancement de cette thèse = en fait désobéir à la loi n’est pas toujours juste, ce n’est même jamais le cas en dehors de la désobéissance civile car le but de la loi c’est bien de fonder le juste.

↳ on montre que la thèse d’Arendt ne tient la route que pour le cas particulier de la désobéissance civile, car en règle générale les lois servent la justice.

Cf. mythe de l’anneau de Gygès, raconté par Platon dans La République, qui montre que les hommes ne sont jamais justes de leur plein gré. Gygès est un berger, il trouve un anneau d’or et s’aperçoit qu’en tournant le chaton de sa bague à l’intérieur de sa main, il devient invisible. Ainsi devenu invisible, le berger se rend au palais, séduit la reine, tue le roi et conquiert le pouvoir. Il y a là une sérieuse raison de penser que personne n’est juste de son plein gré, mais par contrainte, parce qu’on nous voit agir mal et que cela est passible de peine si l’on désobéit aux lois.

Cf. aussi l’étymologie du mot « droit », jus, et l’étymologie du mot « justice », judicare, qui signifie « dire le droit ». Outre des mots qui à l’origine sont les deux branches d’un même terme, qui sont synonymiques, il apparaît qu’il suffit bien d’obéir aux lois pour être juste, puisque les lois sont ce qui fonde et instaure la justice.

Dépassement du grand I et du grand II.

↳ Sans doute ne devons-nous pas restreindre le juste au légal, ne pas le faire dépendre de lois, mais en faire une affaire morale avant tout. Les lois finalement ne seraient là que pour empêcher l’homme immoral d’être injuste, mais pour l’homme juste elles ne serviraient pas à grand-chose.

L’homme juste, c’est d’abord celui qui agit avec justice spontanément, sans contrainte, qui possède la vertu de justice, comme une seconde nature. La justice est d’ailleurs comptée parmi les vertus cardinales que sont la tempérance, le courage et la sagesse. Pour les philosophes antiques, la vertu est une disposition à faire le bien qui concourt à la vie bonne. Nous aurions donc tous la capacité à être justes indépendamment des lois, mais la loi serait là pour stabiliser une notion de justice universelle, valable pour tous. Elle serait là pour garantir une certaine justice (d’où le contrat social), afin que nul ne pâtisse d’injustices si jamais certains individus décidaient de ne pas être moraux. L’idée de justice naturelle est aussi née de cette exigence de trouver un fondement à la justice, antérieur et supérieur aux lois positives, par rapport auquel elles puissent être jugées justes ou injustes.

La justice serait avant tout affaire de conscience morale. Cela ferait partie de notre nature : parce que nous sommes des êtres rationnels, nous sommes des êtres raisonnables. Cf. Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs, le devoir moral est un « factum rationi », un « fait de la raison ». Lorsque nous nous devons de faire quelque chose, nous dit-il, c’est parce que nous avons une loi morale en nous, une loi naturelle, dans notre for intérieur, qui nous oblige à agir convenablement. C’est une obligation parce que l’être humain étant à la fois naturel (son corps, ses penchants, ses passions) et spirituel (sa raison, son intellect), la loi morale n’est rien d’autre que la raison qui contraint le corps, notre côté naturel, à être droit, qui le soumet donc à la rationalité. Mais c’est nous, individus personnels, qui choisissons de nous soumettre à l’obligation de notre loi morale. Cela n’a rien à voir avec la contrainte des lois de l’État, où nous n’avons pas le choix, ce sans quoi nous sommes punis. Avec la loi morale c’est un dialogue entre moi et moi qui s’opère : je suis absolument libre de choisir d’agir justement, et en tant qu’être rationnel il est même de ma nature de le faire, je dois donc toujours obéir à la loi morale qui est en moi pour agir dignement et ne pas mettre en péril l’humanité qui est en moi, et l’humanité autour de moi. Dans la conscience morale, nous parlons donc d’ « autonomie », c’est-à-dire que nous nous donnons à nous même nos propres lois, des lois morales et non juridiques ou légales.

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