Sujet Français - Bac STMG Polynésie 2016

Sujet Français - Bac STMG Polynésie 2016

Nous mettons à votre disposition le sujet de Français du Bac STMG de Polynésie 2016.

L'objet d'étude de ce sujet est "Ecriture poétique et quête du sens du Moyen-Âge à nos jours". Le corpus est composé de 4 textes : La comédie de la mort de Théophile Gautier, La Bonne chanson de Paul verlaine, Lettres à Lou de Guillaume Apollinaire, et Le temps déborde de Paul Eluard. Après avoir répondu aux questions générales sur le corpus, vous avez le choix parmi 3 travaux d'écriture : un commentaire du texte de Paul Verlaine, "En quoi ce poème propose-t-il une analyse précise des effets de l'absence ?", "Comment le poète suggère-t-il sa douleur ?" ; une dissertation sur "La poésie vous semble-t-elle destinée à traiter de sujets douloureux ?" ; et une écriture d'invention en lien avec le texte de Guillaume Apollinaire.

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Sujet Français - Bac STMG Polynésie  2016

Le contenu du document

 

Objet d’étude : Écriture poétique et quête du sens du Moyen-Age à nos jours

Le sujet comprend :

 

Texte A : Théophile GAUTIER, La comédie de la mort, « Absence », 1838

Texte B : Paul VERLAINE, La Bonne Chanson, X, 1870

Texte C : Guillaume APOLLINAIRE, Lettres à Lou (1955), Lettre du 25 mars 1915, « Faction »

Texte D : Paul ELUARD, Le temps déborde, « Notre vie », 1947

 

Texte A : Théophile GAUTIER, La comédie de la mort, « Absence », 1838

 

Absence

Reviens, reviens, ma bien-aimée !

 Comme une fleur loin du soleil,

 La fleur de ma vie est fermée

 Loin de ton sourire vermeil.

 Entre nos cœurs tant de distance !

 Tant d'espace entre nos baisers !

 Ô sort amer ! Ô dure absence !

 Ô grands désirs inapaisés !

 D'ici là-bas, que de campagnes,

 Que de villes et de hameaux,

 Que de vallons et de montagnes,

 À lasser le pied des chevaux !

 Au pays qui me prend ma belle,

 Hélas ! Si je pouvais aller ;

 Et si mon corps avait une aile

 Comme mon âme pour voler !

 Par-dessus les vertes collines,

 Les montagnes au front d'azur,

 Les champs rayés et les ravines,

 J'irais d'un vol rapide et sûr.

 Le corps ne suit pas la pensée ;

 Pour moi, mon âme, va tout droit,

 Comme une colombe blessée,

 S'abattre au rebord de son toit.

 Descends dans sa gorge divine,

 Blonde et fauve comme de l'or,

 Douce comme un duvet d'hermine,

 Sa gorge, mon royal trésor ;

 Et dis, mon âme, à cette belle :

 « Tu sais bien qu'il compte les jours,

 Ô ma colombe ! À tire d'aile

 

 

Texte B : Paul VERLAINE, La Bonne Chanson, X, 1870

Les poèmes du recueil La Bonne chanson évoquent la liaison de Verlaine avec Mathilde Mauté de Fleurville, qu’il épousera. Il s’agit ici du poème X du recueil.

X

Quinze longs jours encore et plus de six semaines

Déjà ! Certes, parmi les angoisses humaines

La plus dolente1 angoisse est celle d’être loin.

On s’écrit, on se dit comme on s’aime ; on a soin

D’évoquer chaque jour la voix, les yeux, le geste

De l’être en qui l’on mit son bonheur, et l’on reste

Des heures à causer tout seul avec l’absent.

Mais tout ce que l’on pense et tout ce que l’on sent

Et tout ce dont on parle avec l’absent, persiste

À demeurer blafard et fidèlement triste.

Oh ! l’absence ! le moins clément2 de tous les maux !

Se consoler avec des phrases et des mots,

Puiser dans l’infini morose des pensées

De quoi vous rafraîchir, espérances lassées,

Et n’en rien remonter que de fade et d’amer !

Puis voici, pénétrant et froid comme le fer,

Plus rapide que les oiseaux et que les balles

Et que le vent du sud en mer et ses rafales

Et portant sur sa pointe aiguë un fin poison,

Voici venir, pareil aux flèches, le soupçon

Décoché par le Doute impur et lamentable.

Est-ce bien vrai ? tandis qu’accoudé sur ma table

Je lis sa lettre avec des larmes dans les yeux,

Sa lettre, où s’étale un aveu délicieux,

N’est-elle pas alors distraite en d’autres choses ?

Qui sait ? Pendant qu’ici pour moi lents et moroses

Coulent les jours, ainsi qu’un fleuve au bord flétri,

Peut-être que sa lèvre innocente a souri ?

Peut-être qu’elle est très joyeuse et qu’elle oublie ?

Et je relis sa lettre avec mélancolie.

 

 

Texte C : Guillaume APOLLINAIRE, Lettres à Lou (1955), Lettre du 25 mars 1915, « Faction »

Guillaume Apollinaire s’est engagé comme soldat en août 1914. La même année il a rencontré Louise de Coligny-Châtillon, qu’il surnomme Lou. Il entretient avec elle une correspondance jusqu’en 1915. L’œuvre a été publiée en 1955.

[Nîmes, le] 25 mars 1915.

Pris garde hier, c’est pourquoi ai écrit peu.

En reviens ce soir huit heures.

Si moi, je n’avais pas ma permission, télégraphierais au Terminus de Marseille au nom Coligny.

Le Terminus est à la gare même.

Faction

Je pense à toi, ma Lou, pendant la faction1

J'ai ton regard là-haut en clignements d'étoiles Tout le ciel, c'est ton corps, chère conception De mon désir majeur qu'attisent les rafales Autour de ce soldat en méditation

Amour, vous ne savez ce que c'est que l'absence Et vous ne savez pas que l'on s'en sent mourir. Chaque heure infiniment augmente la souffrance. Et quand le jour finit on commence à souffrir

Et quand la nuit revient la peine recommence J'espère dans le Souvenir, ô mon Amour

Il rajeunit, il embellit, lorsqu'il s'efface.

Vous vieillirez, Amour, vous vieillirez un jour. Le Souvenir au loin sonne du cor de chasse Ô lente, lente nuit, ô mon fusil si lourd

1 Pendant la faction : pendant la surveillance.

Gui.

 

Texte D : Paul ELUARD, Le temps déborde, « Notre vie », 1947

Paul Eluard compose ce poème alors que son épouse, Nusch, vient de décéder brutalement.

Notre vie

Notre vie tu l'as faite elle est ensevelie

Aurore d'une ville un beau matin de mai

Sur laquelle la terre a refermé son poing

Aurore en moi dix-sept années toujours plus claires

5 Et la mort entre en moi comme dans un moulin

Notre vie disais-tu si contente de vivre

Et de donner la vie à ce que nous aimions Mais la mort a rompu l'équilibre du temps

La mort qui vient la mort qui va la mort vécue

10 La mort visible boit et mange à mes dépens

Morte visible Nusch invisible et plus dure

Que la faim et la soif à mon corps épuisé

Masque de neige sur la terre et sous la terre Source des larmes dans la nuit masque d'aveugle

15 Mon passé se dissout je fais place au silence.

 

Questions

 

Après avoir lu attentivement les textes du corpus, vous répondrez aux questions suivantes de façon organisée et synthétique. (6 points)

1) À quelles formes d’absence les poètes sont-ils confrontés ? (3 points)

2) Comment l’absence de l’être aimé est-elle évoquée dans les différents poèmes ? (3 points)

 

Travaux d'écriture 

Vous traiterez ensuite, au choix, l’un des sujets suivants. (14 points)

Commentaire

Vous ferez du texte de Paul Verlaine (texte B) un commentaire. Vous pourrez vous inspirer du parcours de lecture suivant :

- En quoi ce poème propose-t-il une analyse précise des effets de l’absence ?

- Comment le poète suggère-t-il sa douleur ?

Dissertation

La poésie vous semble-t-elle destinée à traiter de sujets douloureux ?

Vous répondrez à cette question dans un développement argumenté qui s’appuiera sur les textes du corpus, les œuvres étudiées en classe et vos lectures personnelles.

Invention

Imaginez que la lettre de Guillaume Apollinaire a été remise par erreur à une autre personne que Lou. Elle est renvoyée au poète par celui ou celle qui l’a reçue. Écrivez la lettre qui accompagne la réexpédition du poème à son auteur. Dans votre lettre, vous exprimerez l’émotion qu’ont suscitée la lecture du poème et la situation des amants séparés.

 

Fin de l'extrait

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