Sujet Français - Bac STMG 2014 Polynésie

Sujet Français - Bac STMG 2014 Polynésie

Voici le sujet de l'épreuve anticipée de Français du Bac STMG 2014 de Polynésie. Ce sujet est valable pour toutes les séries technologiques du Bac.

L'objet d'étude était "La question de l'Homme dans les genres de l'argumentation, du XVIème siècle à nos jours", et le corpus était composé de 4 textes de Voltaire, de Victor Hugo, de Fabienne Pasquet, et de l'Abbé Raynal. Après avoir répondu à la question de corpus, vous deviez choisir l'un des trois travaux d'écriture : le commentaire du texte de Victor Hugo, la dissertation "Face à l'injustice, que peut la littérature ?", ou l'écriture d'invention en lien avec le texte de l'Abbé Raynal.

Téléchargez gratuitement ci-dessous le sujet de Français du Bac STMG de Polynésie 2014 !

Sujet Français - Bac STMG 2014 Polynésie

Le contenu du document


Objet d’étude : la question de l’Homme dans les genres de l’argumentation du XVIème siècle à nos jours

Texte A : Voltaire, Histoire des voyages de Scarmentado écrite par lui-même, 1754

Le héros de ce récit entreprend un voyage autour du monde qui sert de prétexte à une évocation des horreurs accomplies par les hommes.

Il me restait de voir l’Afrique pour jouir de toutes les douceurs de notre continent. Je la vis, en effet. Mon vaisseau fut pris par des corsaires nègres. Notre patron fit de grandes plaintes ; il leur demanda pourquoi ils violaient ainsi les lois des nations. Le capitaine nègre lui répondit : « Vous avez le nez long, et nous l’avons plat ; vos cheveux sont tout droits, et notre laine est frisée ; vous avez la peau de couleur de cendre, et nous de couleur d’ébène ; par conséquent nous devons, par les lois sacrées de la nature, être toujours ennemis. Vous nous achetez aux foires de la côte de Guinée comme bêtes de somme, pour nous faire travailler à je ne sais quel emploi aussi pénible que ridicule. Vous nous faites fouiller à coups de nerfs de bœuf1 dans des montagnes pour en tirer une espèce de terre jaune qui par elle- même n’est bonne à rien, et qui ne vaut pas, à beaucoup près, un bon oignon d’Egypte ; aussi quand nous vous rencontrons, et que nous sommes les plus forts, nous vous faisons esclaves, nous vous faisons labourer nos champs, ou nous vous coupons le nez et les oreilles. »

On n’avait rien à répliquer à un discours si sage. J’allai labourer le champ d’une vieille négresse, pour conserver mes oreilles et mon nez.

1.Nerfs de bœuf : cravaches.


Texte B : Abbé Raynal, Histoire philosophique et politique des Deux Indes, 1772

L’abbé Raynal, historien et philosophe français du siècle des Lumières, évoque la question de l’esclavage dans cette œuvre. Denis Diderot a collaboré à la rédaction de l’ouvrage.

Refusez1 le sceau2 de votre autorité au trafic infâme et criminel d’hommes convertis en vils troupeaux et ce commerce disparaîtra. Réunissez une fois pour le bonheur du monde vos forces et vos projets si souvent concertés pour sa ruine. Que si quelqu’un d’entre vous osait fonder sur la générosité de tous les autres l’espérance de sa richesse et de sa grandeur, c’est un ennemi du genre humain qu’il faut détruire. Portez chez lui le fer et le feu. Vos armées se rempliront du saint enthousiasme de l’humanité. Vous verrez alors quelle différence met la vertu entre des hommes qui secourent des opprimés et des mercenaires3 qui servent des tyrans. Que dis-je ? Cessons de faire entendre la voix inutile de l’humanité aux peuples et à leurs maîtres: elle n’a peut-être jamais été consultée dans les opérations publiques. Eh bien, si l’intérêt a seul des droits sur votre âme, nations de l’Europe, écoutez-moi encore. Vos esclaves n’ont besoin ni de votre générosité ni de vos conseils pour briser le joug4 sacrilège qui les opprime. La nature parle plus haut que la philosophie et que l’intérêt. Déjà se sont établies deux colonies5 de nègres fugitifs que les traités et la force mettent à l’abri de vos attentats. Ces éclairs annoncent la foudre, et il ne manque aux nègres qu’un chef assez courageux pour les conduire à la vengeance et au carnage.

Où est-il, ce grand homme, que la nature doit à ses enfants vexés, opprimés, tourmentés ? Où est-il ? Il paraîtra, n’en doutons point, il se montrera, il lèvera l’étendard sacré de la liberté. Ce signal vénérable rassemblera autour de lui les compagnons de son infortune. Plus impétueux que les torrents, ils laisseront partout les traces ineffaçables de leur juste ressentiment. Espagnols, Portugais, Anglais, Français, Hollandais, tous leurs tyrans deviendront la proie du fer et de la flamme. Les champs américains s’enivreront avec transport d’un sang qu’ils attendaient depuis si longtemps, et les ossements de tant d’infortunés entassés depuis trois siècles tressailliront de joie. L’Ancien Monde joindra ses applaudissements au Nouveau. Partout on bénira le nom du héros qui aura rétabli les droits de l’espèce humaine, partout on érigera des trophées à sa gloire. Alors disparaîtra le code noir6; et que le code blanc sera terrible si le vainqueur ne consulte que le droit de représailles !

1.Refusez : l’auteur s’adresse aux rois des nations européennes.

2.Le sceau : la marque.

3.Mercenaires : soldats qui servent un gouvernement étranger pour de l’argent.

4.Le joug : la contrainte.

5.Deux colonies : la Jamaïque et Surinam.

6.Code noir : édit du roi Louis XIV datant de 1685 qui réglemente les relations entre les maîtres et les esclaves.


Texte C : Victor Hugo, Bug-Jargal, chapitre X, 1826

Le héros, le capitaine Léopold d’Auverney, est envoyé à Saint-Domingue dans les Antilles chez un oncle dont il doit épouser la fille prénommée Marie. Il y rencontre un esclave peu commun qui sauve, un soir, sa fiancée. Ce Noir, connu sous le nom de Pierrot, intervient ici. Le jeune capitaine raconte la scène.

Jusqu’à ce jour, la disposition naturelle de mon esprit m’avait tenu éloigné des plantations où les noirs travaillaient. Il m’était trop pénible de voir souffrir des êtres que je ne pouvais soulager. Mais, dès le lendemain, mon oncle m’ayant proposé de l’accompagner dans sa ronde de surveillance, j’acceptai avec empressement, espérant rencontrer parmi les travailleurs le sauveur de ma bien-aimée Marie.

J’eus lieu de voir dans cette promenade combien le regard d’un maître est puissant sur des esclaves, mais en même temps combien cette puissance s’achète cher ! Les nègres, tremblants en présence de mon oncle, redoublaient sur son passage, d’efforts et d’activité ; mais qu’il y avait de haine dans cette terreur !

Irascible1 par habitude, mon oncle était prêt à se fâcher de n’en avoir pas sujet, quand son bouffon Habibrah, qui le suivait toujours, lui fit remarquer tout à coup un noir qui, accablé de lassitude, s’était endormi sous un bosquet de dattiers. Mon oncle court à ce malheureux, le réveille rudement, et lui ordonne de se remettre à l’ouvrage. Le nègre, effrayé, se lève, et découvre en se levant un jeune rosier du Bengale sur lequel il s’était couché par mégarde, et que mon oncle se plaisait à élever. L’arbuste était perdu. Le maître, déjà irrité de ce qu’il appelait la paresse de l’esclave, devient furieux à cette vue. Hors de lui, il détache de sa ceinture le fouet armé de lanières ferrées qu’il portait dans ses promenades, et lève le bras pour en frapper le nègre tombé à genoux. Le fouet ne retomba pas. Je n’oublierai jamais ce moment. Une main puissante arrêta subitement la main du colon. Un noir (c’était celui-là même que je cherchais !) lui cria en français :

« Punis-moi, car je viens de t’offenser ; mais ne fais rien à mon frère, qui n’a touché qu’à ton rosier ! »

Cette intervention inattendue de l’homme à qui je devais le salut de Marie, son geste, son regard, l’accent impérieux de sa voix, me frappèrent de stupeur. Mais sa généreuse imprudence, loin de faire rougir mon oncle, n’avait fait que redoubler la rage du maître et la détourner du patient à son défenseur. Mon oncle, exaspéré, se dégagea des bras du grand nègre, en l’accablant de menaces, et leva de nouveau son fouet pour l’en frapper à son tour. Cette fois le fouet lui fut arraché de la main. Le noir en brisa le manche garni de clous comme on brise une paille, et foula sous ses pieds ce honteux instrument de vengeance. J’étais immobile de surprise, mon oncle de fureur ; c’était une chose inouïe pour lui que de voir son autorité ainsi outragée.

1. Irascible : porté à la colère.


Texte D : Fabienne Pasquet, La deuxième mort de Toussaint-Louverture, 2001

Toussaint-Louverture est un esclave noir qui a pris la tête d’une révolte à Saint-Domingue dans les Antilles. Il proclame l’autonomie de l’île en 1801. Bonaparte qui veut rétablir l’esclavage le fait arrêter en 1802. Toussaint-Louverture est ensuite emprisonné au Fort de Joux dans le Jura où il décède l’année suivante.

Bien avant leur révolution1, un Blanc avait écrit que la liberté naturelle était le droit que la nature avait donné à tout homme de disposer de soi à sa volonté. Et il avait prédit l’insurrection2 des esclaves et sa victoire inéluctable3. Briser ses chaînes dans une colonie française impliquait être plus fort que les Français, et donc que la France cette grande puissance. Le Blanc était français et s’appelait l’abbé Raynal. Il avait entendu parler de différentes révoltes qui, depuis le début de la traite, avaient ponctuellement enflammé certaines habitations. Toutes ces révoltes avaient été durement matées, à l’exception de deux ou trois colonies de Nègres fugitifs, ou Nègres marrons, que des traités avaient protégées. Raynal croyait pourtant à la libération définitive des esclaves, fruit de leur propre combat. [...] Toussaint avait une trentaine d’années quand un jésuite4 lui avait lu ce texte, car à l’époque ses yeux, qui déchiffraient avec peine les lettres, ne savaient pas encore faire surgir la voix des mots. L’essentiel devait rester à jamais gravé dans sa mémoire. Ce jour-là, il avait décidé d’apprendre vraiment à lire. Ce texte avait été sa première lecture. On ne saurait imaginer combien il lui avait donné de force et de courage, à quel point il avait été capital dans sa détermination. Si un Blanc, même un seul, avait pu envisager une révolte réussie à l’encontre des siens, alors leurs rêves n’étaient pas aussi fous que ça.

1.Révolution : il s’agit de la Révolution française.

2.Insurrection : soulèvement, révolte.

3.Inéluctable : certaine.

4.Jésuite : membre de la Compagnie de Jésus, un ordre religieux.


QUESTIONS (6 points)

Après avoir lu attentivement les textes du corpus, vous répondrez aux questions suivantes de façon organisée et synthétique.

1. Comment s’exprime la révolte contre l’esclavage dans les quatre textes ? (3 points)

2. Quel texte vous parait le plus convaincant ? Vous justifierez votre réponse en prenant appui sur l’ensemble du corpus. (3 points)


TRAVAUX D’ÉCRITURE

Vous traiterez ensuite, au choix, l’un des sujets suivants. (14 points)

Commentaire

Vous ferez le commentaire du texte de Victor Hugo (texte C) en vous aidant du parcours de lecture suivant :

  • vous analyserez comment le récit fait monter progressivement la tension dans cet épisode,
  • vous montrerez comment l’écrivain dénonce l’esclavage dans ce texte.

 


Dissertation

Face à l’injustice, que peut la littérature ? Vous répondrez à cette question en prenant appui sur les textes du corpus, mais aussi sur les œuvres que vous avez étudiées ou lues personnellement.


Invention

En vous inspirant de l’éloquence de l’abbé Raynal (texte B), vous rédigerez un discours pour dénoncer un abus ou une injustice. Ce discours sera prononcé dans le cadre d’une conférence internationale sur les droits de l’homme.

Fin de l'extrait

Vous devez être connecté pour pouvoir lire la suite

Télécharger ce document gratuitement

Donne ton avis !

Rédige ton avis

Votre commentaire est en attente de validation. Il s'affichera dès qu'un membre de Bac STMG le validera.
Attention, les commentaires doivent avoir un minimum de 50 caractères !
Vous devez donner une note pour valider votre avis.

Nos infos récentes du Bac STMG

Communauté au top !

Vous devez être membre de digiSchool bac STMG

Pas encore inscrit ?

Ou identifiez-vous :

Mot de passe oublié ?