Lecture analytique : La petite auto, Guillaume Apollinaire - Français - Première STMG

Lecture analytique : La petite auto, Guillaume Apollinaire - Français - Première STMG

digiSchool Bac STMG vous propose ce cours de Français pour la 1ère STMG, rédigé par notre professeur. C'est une lecture analytique de La petite auto de Guillaume Apollinaire.

"La Petite auto", extrait du recueil Calligrammes, est un calligramme, c'est-à-dire un poème contenant un dessin fait de mots, dont le but est de faire coïncider le sens et la forme. Dans ce texte, Apollinaire fait le récit onirique d'un voyage en automobile, de Deauville à Paris. C'est en arrivant à la capitale qu'il apprend l'ordre de mobilisation des soldats français, et donc l'entrée de son pays dans la première guerre mondiale.
Pourquoi peut-on dire que "la Petite auto" constitue un récit de voyage onirique ?

Téléchargez gratuitement ci-dessous cette lecture analytique de La Petite Auto de Guillaume Apollinaire.

Lecture analytique : La petite auto, Guillaume Apollinaire - Français - Première STMG

Le contenu du document

 

 

UN RECIT AUTOBIOGRAPHIQUE

Cet ensemble constitué par un texte et un calligramme adopte pourtant la forme d'un récit autobiographique.

 

LA FORME DU RECIT

Le poème et le dessin qu'il contient se présentent sous la forme d'une lettre : il se rapporte donc au genre épistolaire, ce qui est courant dans la poésie d'Apollinaire (cf. Poèmes à Lou). Nous le comprenons grâce à la mention de la date, au premier vers : "Le 31 du mois d'août"

Par ailleurs, l'usage récurrent du pronom de la première personne du singulier "Je", répété avec une insistance parfois proche de l'anaphore, vient souligner la relation destinateur-destinataire que suppose la forme épistolaire.

Enfin, l'alternance entre l'imparfait et le passé composé parachève la forme du récit.

 

UN CADRE SPATIO-TEMPOREL PRECIS

Par ailleurs, le cadre spatio-temporel du récit est extrêmement précis. Cette précision est caractéristique du genre du récit de voyage, dont le poète s'inspire ici.

 

  • La temporalité

La datation du texte est importante, étant donné que le texte aborde un événement historique : la mobilisation des soldats français au début de la première guerre mondiale. Ainsi, les indices temporels encadrent le texte, au début ("Le 31 du mois d'août 1914" v. 1, "un peu avant minuit" v. 2) puis dans la dernière strophe : "après ... Après-midi" (v. 35), "Au moment où" (v. 38).

La symbolique de midi et minuit est importante : ce sont des chiffres qui évoquent l'univers merveilleux du conte de fées, et qui peuvent donc expliquer la tonalité onirique que prend plus tard le texte.

 

  • L'espace

Les indices spatiaux sont omniprésents dans le texte. Ils se déclinent à deux niveaux : l'espace parcouru par le poète et ses compagnons au bord de la petite auto encadrent eux aussi le coeur du poème ("Je partis de Deauville" v. 2 ; puis "Fontainebleau" v. 36 et "Paris" v. 37, "Où" v. 38, mais aussi dans le calligramme "entre Lisieux et Fontainebleau") ; tandis que des indices spatiaux se rapportant aux mouvements des armées, indices moins précis voire caractérisés par leur imprécision, sont présents dans le corps du poème ("sur l'Europe" v. 6, "là-bas où étaient les frontières" v. 11, "la Belgique" v. 14, "Fancorchamps avec l'Eau rouge et les pouhons" v. 15...). Ces derniers indices spatiaux se doublent de nombreux compléments circonstanciels de temps.

 

Verbes de mouvement

Les verbes de mouvement parsèment le poème, certains se rapportant au mouvement du poète dans la petite auto ("je partis" v. 2), d'autres, hyperboliques, se rapportant au mouvement des éléments symbolisant les protagonistes de la guerre dans la troisième strophe ("se dressaient", "quittaient", "montaient", etc.).

 

LE JEU AVEC LA DIMENSION AUTOBIOGRAPHIQUE

  • Une dimension autobiographique...

La dimension autobiographique, inhérente au cadre épistolaire, est bien présente dans le texte : usage répété du pronom de la première personne du singulier, mention de personnes et d'éléments proches du poète ("Dans la petite auto de Rouveyre / Avec son chauffeur nous étions trois" v. 3 et 4), mention de lieux que le poète a fréquenté (Deauville, Paris, mais aussi la Belgique).

 

  • ... à remettre en cause

Cependant, le cadre autobiographique pourrait être remis en cause, en raison du jeu sur la temporalité auquel le poète se prête. Effectivement, la mention de la date présente dans le premier vers du poème ("le 31 du mois d'août 1914") ne peut correspondre avec la date effective de la mobilisation des soldats, qui aurait donc eu lieu le 1er septembre 1914 selon le texte, mais qui a effectivement eu lieu le 1er août de cette même année.

Il s'agit ici d'un aspect ludique du texte, le poète jouant avec la dimension autobiographique. En effet, "le 31 du mois d'août" n'est pas une référence historique, mais la première ligne d'une chanson populaire (les Marins d'Iroise).

 

L'ANALYSE DE L'EUROPE EN GUERRE

Le voyage dans la petite auto est métaphoriquement l'occasion pour le poète de décrire l'Europe, à l'aube de la première guerre mondiale.

 

LE RECIT DU DEBUT DE LA PREMIERE GUERRE MONDIALE

  • L'horreur....

Ainsi, le déplacement géographique des armées à l'époque est décrit dans la troisième strophe : la Belgique est décrite à l'aide de toponymes précis. Cette description se double d'un champ lexical de la guerre : "armées qui se battaient", "l'Eau rouge", "artères", "mourir", "saluaient", "carcasses", "combat", etc.

La mort est très présente ; le poète sait ces soldats condamnés. De même, une tonalité fataliste, presque tragique, empreint le texte, notamment aux vers 23 et 24, où le poète fait usage du présent de vérité générale : "L'homme y combat contre l'homme / Et descend tout à coup comme une étoile filante".

 

  • ... et l'enthousiasme

Cependant, l'enthousiasme des soldats à l'aube de cette guerre est également présent : personnification "les villages heureux" (v. 14), "saluaient encore une fois la vie colorée" (vers 18) (avec le double sens qu'implique le verbe "saluer", également référence militaire), double sens ironique également du vers 9, "Les peuples accouraient pour se connaître à fond", qui peut évoquer la reconnaissance des peuples, mais également l'étripement consécutif à la guerre. En outre le registre merveilleux en général contraste avec le thème de la guerre.

Cet enthousiasme tout antithétique avec le registre de la guerre peut être perçu comme un fait historique (les soldats mobilisés au début de la première guerre partaient "la fleur au fusil", plutôt enthousiastes, tant ils étaient convaincus que la guerre allait être courte et la victoire assurée), tout comme un fait autobiographique (Apollinaire s'était lui-même engagé spontanément ; et il a toujours décrit la guerre en la mettant en parallèle avec l'amour – cf. Poèmes à Lou).

 

LA CRITIQUE SOCIALE

Cette description du début de la guerre se double d'une critique sociale, notamment perceptible d'abrd dans la troisième strophe. Les vers 6 à 11 ont tous une structure similaire : sujet évoquant un élément merveilleux ou animal + verbe de mouvement à l'imparfait + complément circonstanciel de lieu (sauf dans le cas du vers 9).

Six éléments merveilleux ou animaliers sont donc mentionnés : "des géants furieux", "les aigles", "les poissons voraces", "les peuples", "les morts", "les chiens". Ces références peuvent fonctionner comme des doublons : les aigles et les chiens pourraient représenter l'Allemagne ennemie ; les poissons voraces et les géants furieux pourraient représenter les puissances en guerre contre l'Allemagne, alors que les "peuples" et les "morts", mis en parallèle, désigneraient la population innocente, ce qui serait également un moyen d'expliquer, toujours grâce au registre merveilleux, le destin funeste qui attend ces soldats. Cependant, ces interprétations sont tout à fait subjectives.

Ce qui est plus certain, c'est qu'une verticalité est présente dans le monde évoqué par Apollinaire : en haut, les géants et les aigles, plus bas, les peuples et les chiens, dans les profondeurs, les poissons et les morts. Cette verticalité pourrait signifier la soumission des peuples aux ordres des "grands du monde", qui décident des guerres et envoient les hommes à la mort. Elle est reprise du vers 19 à 22, vers fonctionnant comme un ensemble de deux distiques, l'un évoquant les profondeurs, l'autre les hauteurs, et au milieu duquel est mentionné l'homme, avec une dimension presque métaphysique : "plus haut que l'aigle ne vole".

 

UN VOYAGE ONIRIQUE

Le voyage en automobile est l'objet principal de ce calligramme. Cependant, à la manière d'une métonymie, le titre et le calligramme ne se centrent pas sur le voyage en soi, mais plutôt sur le moyen de transport utilisé : l'auto.

 

UN VOYAGE DANS L'HISTOIRE

  • Le saut temporel

Le voyage en automobile n'est pas seulement un déplacement dans l'espace : ici il est aussi un déplacement dans le temps. La temporalité est très marquée dans le texte (cf. I), mais elle n'est pas logique. Effectivement, selon le premier vers, le départ de l'automobile se situe un 31 août, et la nouvelle de la mobilisation est reçue le lendemain, soit le 1er septembre – or l'ordre de mobilisation des soldats a réellement eu lieu le 1er août.

Par ailleurs, la mention de l'heure de départ ("un peu avant minuit" au vers 2, puis "entre minuit et une heure" dans le dessin) rappelle le registre merveilleux : effectivement minuit est l'heure magique dans les contes de fées. Ce choix de minuit pourrait souligner de manière ludique, voire justifier, la confusion des dates que le poète entretient.

 

  • Le thème historique

Le voyage est la métaphore choisie par le poète pour décrire l'arrivée dans un monde nouveau : un monde en guerre. Des traces de cette nouvelle société encadrent le poème : "Nous dîmes adieu à toute une époque" (v. 5) ; puis "Nous arrivâmes à Paris / Au moment où l'on affichait la mobilisation / Nous comprîmes mon camarade et moi / Que la petite auto nous avait conduit dans une époque / Nouvelle" (v. 37 à 41).

Remarquons l'usage du passé simple, signe d'une action ponctuelle, contrairement à l'imparfait, temps du récit, utilisé dans la majorité du poème.

Vers 41, l'adjectif "Nouvelle" est mis en valeur par un rejet, ainsi que par son isolement dans le vers. Apollinaire souligne ainsi le caractère exceptionnel de cette arrivée dans un enouvelle époque. C'est aussi une manière de signifier la rupture radicale, le passage d'une époque à une autre.

 

UN VOYAGE ONTOLOGIQUE : LA NAISSANCE D'UN ETRE NOUVEAU

Ce changement historique que constitue l'avènement de la guerre, thème principal du texte, annonce un changement ontologique (de l'ordre de l'être) chez le poète. Contrairement à ce que l'on peut attendre d'un texte sur une mobilisation (désespoir, culpabilité, tristesse de quitter les siens...), "la Petite auto" d'Apollinaire se conclut sur une note d'espérance.

Le poète et son ami Rouveyre renaissent, deviennent des êtres nouveaux : "Et bien qu'étant tous deux des hommes mûrs / Nous venions cependant de naître" (v. 43 – 44). La position de clôture qu'ont ces deux vers montre assez l'importance de ce thème ontologique dans le texte.

Si cette conclusion pleine d'espoir, présente dans un texte sur la guerre, peut effectivement porter à confusion, rappelons qu'elle a une portée autobiographique : Apollinaire s'était volontairement engagé comme infirmier pendant la première guerre mondiale.

Par ailleurs, si cette conclusion peut sembler contradictoire dans un poème sur la guerre, elle a été annoncée dans le corps du texte par l'antithèse entre l'horreur des descriptions de la guerre, et le registre merveilleux.

 

UN VOYAGE UNIVERSEL

Cette antithèse entre horreur et merveilleux annonce la portée universelle du texte. Le voyage décrit est celui de trois individus, représentés comme tels dans le dessin. Pourtant, il a une portée résolument universelle.

 

  • Animalité et humanité

L'animal dit l'humain dans le texte : l'animal est métaphore de l'humain. Mais la présence de l'animal est également une manière de convoquer le monde dans son entièreté.

 

MICROCOSME ET MACROCOSME

De même, le microcosme dit le macrocosme dans le texte. Le seul poète contient en lui-même le monde entier en guerre : "Je m'en allais portant en moi toutes ces armées qui se battaient / Je les sentais monter en moi et s'étaler les contrées où elles serpentaient" (v. 12 – 13) : ici la répétition presqu'anaphorique du pronom personnel "Je", ainsi que la répétition de "en moi", en même position dans chaque vers (septième et huitième poids), soulignent l'importance de l'individualité du poète. Pourtant, c'est le monde en guerre qu'il prétend porter en lui.

Cette présence de la guerre dans le corps est également présente métaphoriquement à travers les mentions de "l'Eau rouge" et des "Artères ferroviaires", termes à double sens, qui évoquent à la fois le déplacement des armées, mais aussi le sang du poète : les armées sont donc présentes dans le sang d'Apollinaire.

Fin de l'extrait

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